Le sommeil éternel


Alice jeta un regard autour d’elle et ses yeux se posèrent sur la crasse et la saleté qui
l’entouraient. Elle se trouvait sur une large rue qui offrait un panorama douteux. Les couleurs,
se présentaient dans une déclinaison noire de charbon, de carbone et de fumée.

L’odeur pestilentielle agressait ses narines. Une foule d’individus se pressaient de part et d’autre de la
rue. Cet ensemble de chairs, de bouches infectés, de visage luisaient de graisse s’étalaient
sous ses yeux avec obscénité. Cette masse bruyante ne semblait avoir aucune identité. Ce
n’était qu’une masse semblable à des insectes. Le corps douloureux et faible, elle planta ses
doigts sales sur un mur noir de suie pour se relever. Sa jambe se tordait d’une étrange façon et
bien qu’elle fût capable de marcher, c’était avec difficulté. La faim tordait son ventre et elle
avait la sensation que ses ongles crissaient le fond de son estomac. Une impression d’irréalité
lui oppressait l’esprit. Pourtant elle n’en fut pas moins rassurée, car, une certitude l’envahit.
Si elle ne trouvait pas un moyen de sortir de ce cauchemar elle serait condamnée à en être
prisonnière éternellement. Tandis qu’elle clopinait dans une ruelle tordue, elle sentit un regard
doré sur sa nuque. Elle fit volte-face et aperçut un chat à l’allure narquoise la toiser. Le chat
remua sa queue comme une provocation amoureuse et Alice guidée par son instinct se dirigea
vers le félin. Ce dernier adopta un pas rapide et se jouait d’elle avec délectation. Il semblait
s’arranger pour être suffisamment rapide pour que la jeune fille fût incapable de se mettre à
son niveau. Mais paradoxalement, suffisamment lent pour qu’elle puisse le suivre du regard et
ainsi se lancer à sa poursuite. Après une longue course douloureuse, le chat s’engouffra dans
une lucarne appartenant à un édifice à l’architecture quelconque, semblable à tous les autres
dans cette maudite cité : noirs de suie, déchaussés, crasseux. Elle frappa son poing contre la
porte de bois maigre et un enfant aux yeux bleus glacés lui offrit un regard scrutateur. Après
un long silence, l’enfant laissa entrer la jeune file. Cette dernière en pénétrant dans la
demeure, ferma les yeux car un éclat de lumière dorée envahit chaque cellule de son iris. Peu
à peu, elle entrouvrit les paupières, s’habituant à la lumière. Dans le vestibule qui s’ouvrait
devant son regard, la lumière irradiait chaque atome. Gardiens des lieux, des plantes d’un vert
impérial foisonnaient de part et d’autre de la pièce. Dans le fond de la salle, un mystérieux
escalier en colimaçon semblait s’ériger vers les cieux. Des tableaux accrochés aux murs
représentaient des visages paisibles et élégants, aux traits réguliers, sans âge. Émerveillée, le
regard d’Alice s’accrocha sur un élégant récipient en cristal contenant un liquide transparent
aux reflets roses-dorés. Avec respect, elle versa une larme du liquide dans un verre. Lorsque
l’élixir embrassa ses lèvres, elle se réveilla avec sursaut.
Tremblante, elle tendit la main vers son chevet en ébène et s’empara d’un gobelet
rempli d’eau. Lorsqu’elle eu finit d’hydrater sa gorge, elle posa les pieds sur un doux tapis
ornés de magnifiques symboles perses et jeta un regard orgueilleux à son reflet sur le miroir.
Ce dernier lui présentait les contours et les ombres de son délicat visage, son nez en trompette
et ses doux yeux chargé de cils. Elle se dirigea vers le balcon et admira les rayons de soleil
ensanglantés se mêlant à l’or de l’astre. Ce vison calma peu à peu les battements de son cœur
affolé.
Dans l’après-midi, se promenant dans les labyrinthes verts de sa demeure, en
compagnie de son vieil ami qui possédait la barbe blanche immaculée et qui avait pour
étrange habitude de tenir continuellement un gros cigare entre ses doigts:
«
-­‐ Je suis vraiment inquiète tu comprends, cela fait des mois que je fais ce même
rêve inlassablement chaque nuit, dit Alice en plissant son front délicat.
-­‐ C’est à toi de le résoudre ce mystère. Des instances de ton esprit sont en
conflit.
-­‐ Je sais, mais j’ai vraiment un mauvais pressentiment. Il est en train de
s’insinuer. J’ai l’impression qu’il devient de plus en plus réel. Il devient de
plus en plus réel. Les douleurs que j’éprouve en rêvant sont de plus en plus
vives. J’en deviens effrayée de m’endormir la nuit.
-­‐ Ton âme est malade, ce rêve n’en est que la manifestation mais toi seule peux
trouver le remède. Cherche bien, rappelle toi… »
Soudainement un chat aux yeux dorés surgit derrière un arbuste, interrompit la
conversation et déclara d’une voix solennelle : « Le tailleur de Madame est arrivée, il
serait convenable que vous puissiez essayer la robe en étoffe de lune avant le bal ».
Alice soupira et suivit les pas du chaton.
La nuit venue, la jeune fille était terrifiée à l’idée de s’endormir et de rêver à
nouveau. Elle resta les yeux ouverts un grande partie de la nuit. Mais le sommeil,
s’empara d’elle sans pitié et tandis que son esprit basculait, elle ouvrit les yeux dans
son cauchemar habituel. A nouveau estropiée, le froid intense s’engouffrait dans la
moelle de ses os. Chaque rêve semblait la fragiliser encore davantage et la douleur
devenait plus vive, plus mortelle. Elle rassembla son courage, errant sans but dans
l’entassement babylonien des ruelles. Ses pas la menèrent dans un quartier qui lui
semblait familier mais menaçant, soudainement son regard croisa le visage fatigué et
hargneux d’une femme aux lèvres noircis.
« Enfin te voilà, lui cracha la matrone. La petite oie blanche a voulu s’enfuir mais le
revoilà au bercail! Tu tombes très bien, des clients t’attendent pour que tu puisses
écarter tes tordues de jambes !
-­‐ Non…, prononça Alice la gorge bloquée ».
La femme la gifla violemment et vomit sa haine:
« Qu’est ce que tu attends à me regarder de façon aussi stupide, je n’ai pas de
temps à perdre !!! J’ai des clients qui m’attendent !! A moins que tu veuilles te
consacrer à la mendicité et là c’est l’amputation !! Il faut bien que tu fasses
pitié!! il faut bien que tu travailles !! Je n’ai pas des bouches à nourrir
gratuitement, espèce d’idiote !!! »
La gifle eut un effet incroyable sur Alice. Le peu de sensation cotonneuse qui lui
restait encore disparut brusquement et une réalité aussi lourde que le plomb tomba sur ses
épaules. Les sensations devinrent d’une clarté incroyable. La douleur dans ses jambes,
l’image sale de l’endroit, l’odeur pestilentielle, le froid. Toute cette réalité s’imposa sans pitié.
Alors les souvenirs refluèrent. Les coups violents de la matrone, les pénétrations mécaniques
des hommes, la bouillie qui lui plombait le ventre, la fatigue. Les doux instants en compagnie
de son ami barbu et de son chat si serviable ne furent que des songes qui s’estompaient aussi
fragiles qu’une fumée. Bientôt, elle n’avait qu’à la bouche un arrière-gout de ces moments de
félicité et quelques instants de douceurs et de joies estompées. Elle tenta de forcer sa mémoire
mais elle ne put se rappeler, comme un rêveur qui n’a que le souvenir du plaisir de l’acte
charnel passé aux bras d’une amante sans visage. Alors, elle enferma jalousement dans son
cœur le peu de rêve qui lui restait et s’enfuit en boitant. Elle entendit la sorcière derrière son
dos hurler au vol. A son passage, elle sentait les regards jaunes et menaçant des passants qui
se lançaient à sa poursuite et pouvait sentir sur son cou l’odeur atroce qu’ils dégageaient.
L’émanation putride devenait de plus en plus forte et ses forces faiblissaient. Elle savait que
quelque chose pouvait lui garantir son salut mais elle n’en avait pas la moindre idée.
Désespérée, les larmes aux yeux, le cœur au bout de ses lèvres, lorsque tout semblait perdu,
son œil repéra des yeux dorés à la lueur moqueuse. Alors elle suivit désespérément cet or si
reconnaissable parmi la noirceur du monde. Elle arriva enfin devant la porte en bois tandis
qu’elle sentait des ongles sales lui écorcher la peau. Elle ouvrit violemment la porte et
s’engouffra dans la lumière. Son cœur pur sût que plus jamais elle ne voulait poser les yeux
dans cette réalité affreuse. Alors, elle versa la totalité du liquide précieux dans le verre et bût
avec délectation. Elle s’allongea sur le sol avec fatigue. Son cœur ralentit ses battements
violents. Le sang qui affluait dans ses veines avec force diminua d’intensité. Son cœur
murmurait de plus en plus doucement jusqu’à se taire dans un silence apaisé. Alors, son âme
fatiguée, quitta sa prison charnelle, traversa la réalité, et s’envola vers les cieux où
demeuraient des robes en tissu astral, des vieux psychanalystes, des jardins en labyrinthes et
des chats qui parlaient.
Pseudo-auteur : Hassan Sow

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Une réflexion sur “Le sommeil éternel

  1. Merci pour ce partage, personnellement quand j’étais étudiant, j’ai toujours l’habitude de rêver beaucoup de choses pour mon avenir et surtout mon futur emploi, mais parfois, tout change car je ne savais pas ce qui va se passer demain.

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