@ la tienne


Boîte de réception. Un message non lu.
Premier réveil depuis que l’on s’est fait nos au revoir, qui ressemblent ma foi de plus en plus à des adieux.
Quelle ne fût pas ma douleur quand j’ai ouvert les yeux et que je ne t’ai pas vu ce matin-là.
Et c’est une peine qui m’a habité les jours qui ont suivi pendant quelques temps.


Après avoir été habituée à «Pavel», il n’a pas été évident de m’habituer à «Pas toi».
Si ce n’était que mon cœur que tu faisais battre, cela aurait été plus simple. Mais c’est tout mon être que tu avais chamboulé, tous mes sens.
Mes oreilles charmées par la façon que tu avais de respirer fort dans ton sommeil, ta voix suave, et le doigté habile de tes mains sur ton instrument de musique.
Ma peau encore délicatement froissée par le spectre de la tienne.
Mes narines enivrées de ton odeur bien masculine et de ton parfum aux accents de musc.
J’étais éprise jusqu’au goût de ta verge, inexplicablement charnel.
Et mes yeux fous de tes yeux, demeuraient remplis d’images de toi, cuisinant, souriant, du galbe de tes bras et des contours parfaits de tes mollets.
A l’époque cette avalanche de sensations m’a même perturbé et a contribué à la conjugaison de notre histoire à un temps que j’ai toujours redouté, le passé.
J’ai bien compris qu’à mon tour j’étais du passé pour toi, et il a bien fallu que j’entame l’oubli de toi, de nous et de tout.
Et si je me suis engagée à t’oublier, je n’y suis jamais complètement parvenue.
Si j’étais folle de toi, j’ai longtemps cru être folle tout court.
Quand presque chaque chanson qu’il m’était donné d’entendre me faisait irrémédiablement penser à toi. Quand couplets et refrains semblaient illustrer avec une vérité criante ce que je pouvais ressentir. Cela a duré longtemps, et parfois même encore aujourd’hui mélodies et nostalgie sont de concert.
Mon propre corps était marqué de ton empreinte, à travers mon reflet c’est toi que je voyais.
Me vêtir n’était que me parer d’un tissu que tu avais foulé de tes mains.
En fait j’étais juste profondément amoureuse.
Cela me rappelle une conversation nocturne que j’avais eu avec Johanne, une danoise rencontrée au cours de la suite de mon voyage. Ce soir-là nous nous demandions quoi d’aimer ou être amoureuse était le sentiment le plus fort?
Elle penchait pour le premier, moi pour le second, et toutes deux campions sur nos positions. Si nous avions ce débat aujourd’hui, je crois que mon opinion serait davantage nuancée. Le sentiment amoureux est-il fait de paillettes ou de poudre aux yeux…
Avec le temps et face à ton mutisme, j’ai renoncé à bien des choses. A une romance, et avec davantage de chagrin à une amitié.
Ce n’est pas la distance mais ton silence qui a été la chose plus difficile à supporter. J’ai réalisé que pour toi, passer au-dessus de tout ce que nous avions partagé était d’une facilité et d’une évidence nettes alors que j’étais toujours très attachée à toi et malheureuse de n’avoir aucune nouvelle. J’ai réalisé que tu ne m’estimais pas à la hauteur de ton amitié. Je me suis sentie déçue, blessée et misérable.
Je t’ai beaucoup haï, parfois maudit, pour ne pas m’aimer comme je t’aimais, pour ne pas souffrir comme je souffrais.
Pour autant, je n’ai pas cessé de penser à toi. Comme s’il fallait qu’il me reste quelque chose de notre histoire, j’ai fait de ton souvenir la muse de mon expression artistique.
Chaque trait de crayon sur papier Canson était un vaillant battement de coeur guidant les mouvements de mon poignet, chaque vers que j’écrivais provenait de l’encre de ton image presque fanée.
Nous avions la chance de nous entendre, nous attirer et nous accorder. Quelque chose de spécial se passait incontestablement lorsque nos regards se croisaient. Nous avions tous les ingrédients pour commencer une belle histoire et nous n’avions qu’à nous laisser aller plutôt que d’avoir peur. Mais nous nous sommes manqués en beauté, tout ce que j’espère c’est que l’on ne s’est pas égarés à jamais.
S’il y a une chose que je peux te confier c’est que pas un jour ne s’est écoulé sans que j’ai une pensée pour toi. Ce ne fût pas toujours nécessairement d’un point de vue romantique, plus souvent heureusement un écho qui résonne, obstinément. Tes oreilles ont en tous les cas dû siffler un bon nombre de fois.
Je réalise seulement depuis quelques jours tout le temps qui a passé depuis la dernière fois que l’on s’est vu. Tellement de mois se sont écoulés que je n’en reviens pas. Le plus dur c’est de porter autant de passion pour ces instants et qu’il n’en reste rien aujourd’hui. Que des miettes, pas de nous. J’en viens à m’interroger sur la véracité du bonheur que j’ai pu éprouver tant il n’y paraît rien aujourd’hui, il semble que rien ne soit jamais arrivé, que tout ne fût que songe, voire mensonge.
Pourtant ton souvenir et avec lui l’amour que je te portais a résisté à l’épreuve du temps, de l’espace, de ton absence.
Au prolongement de la discussion qui nous avait conduites à parler d’amour, Johanne me confiait qu’elle pensait qu’il y avait différentes façons de faire comprendre à quelqu’un qu’on l’aime.
Dire. Toucher. Offrir. Écrire.
Aure

Pseudo-auteur : Essa Ray

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s