Voyage en profondeur


Tu es au bord d’une falaise.
Pourquoi ? Comment ?
Qu’importe. Plus rien n’a d’importance.
Tu vas sauter, ça ne fait aucun doute.


Il n’y a personne derrière toi, personne pour te retenir.
Personne.
Tu es seul.
Il n’y a que cette étendue d’eau qui s’offre à ton regard, qui s’offre à toi.
La Mer pleine de fougue, de violence, de beauté, qui semble t’attendre.
Entends-tu le bruit de ses vagues ricochant contre les rochers ? On dirait qu’elle t’appelle, qu’elle s’impatiente.
Elle t’ouvre les bras. A toi.
Et tu t’élances.
Sans réfléchir, sans penser.
Tu laisses tout, tout, sur cette falaise.
Tu prends ton envole. Léger. Libre.
Emerveillé. Tu es un autre.
Puis, tu chutes délicatement dans l’eau. Cette eau froide qui te réchauffe tendrement.
Te voilà à présent dans la Mer. Plus aucune partie de ton corps est en contact avec l’air.
Tu es bien.
Tu nages. Cherchant non pas à remonter vers la surface mais à t’aventurer dans les profondeurs de la Mer.
Tu veux la découvrir, l’explorer.
Elle t’intrigue, elle t’obsède.
Alors tu nages.
Tu t’enfonces.
Loin.
Tu t’éloignes.
Loin.
Tu croises des poissons sur ton chemin, des étoiles de mer, des hippocampes… Tant de couleurs, de diversité, qui t’éblouissent.
Les habitants marins t’entourent, te suivent, t’accompagnent.
Tu as oublié qui tu es, tu as tout oublié.
Tout ce qui compte pour toi en ce moment est ici. Seule la Mer est digne de ton intérêt.
Tes nouveaux camarades ne te quittent pas, ils sont devenus tes amis.
Algues et plantes, oscillant au rythme des mouvements de l’eau, te saluent avec grâce.
Tu souris.
Ta place ne peut-être ailleurs qu’ici.
Tu es heureux, apaisé, serein.
Mais la lumière se met à s’estomper, peu à peu.
Plus tu t’enfonces, plus elle faiblit.
Tu es bien loin dans les profondeurs de la Mer.
Et il fait noir. Et il fait froid.
Où sont tes amis ?
Où est passé la végétation ?
Tu ne vois rien.
Tu es seul.
On t’effleure furtivement.
On tourne autour de toi.
Tu le sens, tu es prisonnier, tu le sais, on t’a pris comme proie.
Tu n’es pas d’ici.
Tu es en danger.
Tu paniques.
Tu as peur.
Tu remontes. Difficilement.
Tu forces sur les muscles de tes jambes, tes jambes si frêles, si fragiles.
Tu persévères.
Tu es épuisé. Tu n’as plus de force.
Tu es à court d’oxygène.
Tes poumons en réclament.
Ils en exigent.
Tu ne peux pas respirer.
Mais tu le dois, ton corps ne te laisse pas le choix.
Tu inspires.
De l’eau.
Il n’y a que de l’eau.
Tes poumons se remplissent, rapidement.
Tu es faible.
Tu es dans le noir, tu as froid.
Qu’as-tu fait ?
Pourquoi ?
Tu t’es bercé d’illusions. Tu n’avais rien à faire ici.
La mer s’est jouée de toi.
Tu veux parler, crier, hurler.
Tu gesticules.
Tu sembles te débattre.
Te débattre contre toi-même.
Mais il est trop tard.
Tu refuses que ça se passes ainsi, tu ne veux pas l’accepter.
Tu es prisonnier.
Tu perds connaissance.
Te voici dans le néant.
Tu n’existes peut-être même plus.
Tu t’es perdu.
Au plus profond de toi-même.
Tu as voulu t’échapper.
Tu as échoué.
On ne fuit pas la réalité.
Alors, vas-y, ouvre les yeux.
Tu es au bord d’une falaise.
Face à une étendu d’eau.
La mer, sauvage semble se livrer bataille à elle-même tant ses vagues se déchaînent.
Regarde.
Regarde bien.
Tu n’es plus seul.
Je suis là.
Je suis toi.
Je suis moi.
Je te vois dans le reflet que me renvoie la mer.
La mer s’est calmée.
Je me vois sourire.
Je me sens bien.
Je suis léger.
Je me suis retrouvé.

Pseudo-auteur : Marchombre

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