Enfermé, hors du temps…


 » J’accuse ces gens… De m’avoir toujours laissé seul… « 

Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours était curieux. Une curiosité maladive: je ne pouvais jamais m’empêcher de vouloir connaître les choses qu’on m’interdisait de savoir. Voir ce que je ne devais pas voir. Ma mère me disait toujours que cette curiosité m’amènerait à quelque chose. Ma perte disait-elle. Mais finalement… Ça n’a pas été totalement ça…


Il y a six ans, nous avons emménagé dans une grande maison, celle où je vis aujourd’hui. J’avais dix ans et déjà à cette époque ma curiosité était sans limites! Je me souviens que le jour où je suis arrivé, quand j’ai vu ma chambre, quelque chose a de suite attiré mon attention: une porte. Une petite porte, elle devait faire 1m20 de hauteur, non verrouillée. Quand je l’ai vue, j’ai tout de suite voulu l’ouvrir, mais ma mère m’a arrêté. Je me souviens exactement de ce qu’elle m’a dit à ce moment-là.
 » Non Léo n’y touche surtout pas!  »
C’était la chose à ne pas dire! À peine avait-elle prononcé ces mots que mon envie de l’ouvrir avait grandi.
 » Bon, écoute-moi attentivement Léo. Cette porte ne doit être ouverte sous aucun prétexte! Le propriétaire l’a formellement interdit. Si tu l’ouvres, il n’hésitera pas une seule seconde à nous
mettre à la porte! Tu m’as bien comprise? »
Malgré mon très jeune âge, je compris que l’enjeu était de taille. Alors je lui promis que je ne l’ouvrirais jamais, je le promis à moi-même!
J’ai donc lutté pendant six ans contre cette envie de franchir la limite, l’interdit. Je le faisais pour ma mère, pour nous, notre confort. Mais beaucoup de choses (trop même) ont changé et un jour j’ai rompu ma promesse. Enfermé dans la prison dorée qu’était ma chambre, la tentation d’ouvrir la porte a été plus forte que ma propre volonté. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé à ce moment-là.
Comme si une force invisible me tirait vers l’interdit, vers ce secret, ce que l’on voulait tant me cacher. C’est l’impression que j’avais au moment où dans un état second j’ai ouvert cette petite porte.
J’avais rompu ma promesse, mais étrangement je n’éprouvais aucun remords et je savais pourquoi!
Cet acte était comme une vengeance personnelle….
Quand la porte s’est ouverte, je m’en souviens clairement, toute la pression et l’envie que j’avais gardées au fond de moi, toutes ces années se sont envolées et alors que je descendais l’escalier de fer, disparaissant peu à peu dans le noir, je retins ma respiration.
L’air était froid et humide, tous les murs autour de moi étaient recouverts de fines lignes d’eau et de moisissure. Je craignis avec force que l’escalier sur lequel je posais mes pieds ne se brise tant il était rouillé. J’avoue qu’à ce moment là, dans la pénombre j’avais un peu… peur. Pour chasser cette émotion honteuse, je me mis à me parler à moi-même…
– Étrange comme endroit…. Tout paraît si vieux…. La maison n’est pourtant pas si vieille, elle….
Alors que je continuais à me parler à moi-même, une porte de fer elle aussi usée par le temps me fit face. Je respirai profondément. Elle n’était pas verrouillée. Devais-je l’ouvrir? Je ne pouvais pas simplement partir après tout ça, pas vrai?

« Alors je l’ai ouverte…»

La peur me tordait le ventre, mais je ne voulais pas repartir pour autant. Dans un réflexe inconscient, je tâtonnai le côté gauche de la porte à la recherche d’un interrupteur. Par chance, il y en avait un! Tout en appuyant sur le bouton, je priais intérieurement pour que la lumière se déclenche… Et miracle, à ma demande muette, la pièce baigna dans une lueur faible. C’est là que je vis l’horrible vérité qu’on avait toujours voulu me cacher!

« Un garçon!»

À peine plus grand que moi. Un garçon aux cheveux noirs de jais et à l’œil bleu comme l’océan me fixait ahuri.
Je laissai échapper un cri aigu de frayeur. Un… Un garçon se trouvait actuellement devant moi!
Assis sur un lit poussiéreux il ne détacha pas ses lagons bleus de mon regard! Même devant ma peur flagrante et honteuse. Que faisait cet enfant dans un endroit pareil? Soudain, perçant le silence de la pièce, une voix faible se fit entendre.
– Qui es-tu?
Je sursautai. J’étais incapable de répondre. Le choc de la révélation m’avait fait perdre mes mots. Mon cerveau me commandait de m’enfuir en courant alors que mes jambes refusaient de faire le moindre pas, restant pathétiquement sur place. Encore une fois la même voix perça le silence.
– Qui es-tu?
Sans que je ne sache pourquoi, j’entendis ma propre voix résonner.
– Léo…. Et toi?
Je ne sais pas pourquoi j’ai répondu aussi naturellement. La situation aurait voulu que je hurle avant de m’enfuir en courant pour aller prévenir ma mère ou toute autre personne! Cela aurait été la chose la plus cence à faire. Mais j’avais l’impression étrange que si je partais maintenant, que si j’en parlai, je perdrais quelque chose d’important.
– Je ne sais pas….
– Comment ça, tu ne sais pas?
– Je n’ai pas…. De prénom…
Pas de prénom? Comment ça pas de prénom? C’était impossible de ne pas en avoir! Quoique, ça paraissait aussi impossible de trouver un garçon de votre âge dans le sous-sol de votre maison, avouons-le…
C’est à ce moment-là que mon cerveau se remit à fonctionner correctement. Le choc passé de découvrir une personne dans mon sous sol, la question m’apparut comme une illumination!
– Qu’est-ce que tu fais ici?
Il me fixa comme si j’avais posé la question la plus idiote du monde. Dans un faible sourire il me répondit alors avec un naturel déconcertant :
– Hé bien j’habite ici…. Et toi?
– Co, comment ça, tu habites ici? Tu veux dire dans…. Dans le sous-sol?
– Oui. J’ai toujours vécu ici… Pourquoi, c’est étrange?
Chamboulé par la situation mes jambes fléchirent sous mon poids et je tombai lourdement sur le sol froid et dure.
Aussitôt le garçon se rua sur moi un peu paniqué.
– Tu… tu vas bien?
– Ou… Ouais t’en fais pas….
Doucement il m’aida à me relever et me pointa du doigt le lit à l’allure inconfortable qui trônait au centre de la pièce. Je m’y assis et il s’installa à mes cotés. Je pu alors prendre le temps de le détailler de près.
Ses cheveux étaient encore plus noirs que la nuit, son corps était maigre et frêle et ses vêtements usés et bien sales. Mais ce qui retint le plus mon attention était la couleur de ses yeux. Quand j’étais entré ils m’avaient paru d’un simple bleu clair, mais à bien y regarder ils étaient beaucoup plus beau: D’un bleu intense et profond légèrement transparent. Si j’avais été c’est parents je l’aurait appelé Aoi… Dans la langue japonaise «Aoi» signifie «bleu azur» je trouvais que cela lui allait bien… En hommage à c’est yeux d’un bleu si pur… Si pur. On pouvait tout voir au travers, la joie, la peine, la douleur et surtout…. la solitude. Depuis combien de temps était-il seul? Une éternité n’est-ce pas? Je ne voulais même pas y penser… Il paraissait tellement pur. Comme un jeune enfant. Il était facile de deviner qu’il n’avait jamais vu les horreurs du monde réel. Et s’il ne les avait jamais vues cela voulait aussi dire que jamais ses yeux si beau n’avaient vu la lumière du jour.

« Pourquoi?»

Je le savais parfaitement, mais j’étais incapable de vraiment le formuler dans mon esprit. Pourtant je devais voir la réalité en face. La raison pour laquelle le propriétaire ne voulait sous aucun prétexte que j’ouvre cette porte était tout simplement parce qu’il craignait que je ne découvre la vérité. Une vérité plus horrible même que la réalité que je connaissais!

« Pendant des années il avait gardé ce garçon enfermé!»

Mais pourquoi faire une telle chose?…. Ce serait mentir de dire que je ne connaissais pas la réponse…

« La folie!»

Cette même folie humaine qui m’a conduit à être ce que je suis devenu!
Doucement mes lèvres s’entrouvrirent, mais aucun son n’en sortit. Comme s’il avait deviné mes pensées, le garçon me regarda de ses yeux cyans et de sa faible voix me révéla les raisons d’un tel comportement de la part de l’homme fou qui l’avait enfermé ici sans aucune chance de sortie.
– Mon père m’a enfermé ici quand j’avais quatre ans, juste après la disparition de ma mère. A l’époque, il me souriait tout le temps quand il venait me voir dans cette pièce vieille mais bien décorée. Il répétait sans cesse que le monde extérieur était dangereux pour moi. J’étais bien trop pur disait-il. Il voulait juste me protéger…
-Mais il y a un «mais», pas vrai ?
-Oui…. Le jour de mes dix ans tout à changer. Mon père est devenu fou. Sans doute la peur qu’un jour quelqu’un ne réalise que j’étais enfermé ici… Il s’est mis à devenir violent, méchant. Il retira tout ce qui ornait la chambre et ne me laissa qu’un lit vieux et usé. Il ne revenait plus autant qu’avant. Seulement deux fois par semaines pour me ramener de quoi survivre et il repartait aussitôt…. Depuis rien n’a changé et j’attends le jour où mon corps faible lâchera prise….

« J’accuse…. Les gens de n’avoir rien fait pour le sauver de cet enfer!»

– C’est…. Ma faute….
– Non…. Ce n’est celle de personne…. Seulement de lui… Ce fou…
– Si j’avais ouvert la porte je t’aurais trouvé plus tôt!
– Tu ne pouvais pas savoir…

Je fus incapable de lui répondre, je ne pouvais rien dire. Tout était de ma faute! Son père était devenu fou au moment où ma mère et moi avions emménagé ici! Parce qu’il craignait que je le trouve. Il lui avait fait payer à lui…. Mon existence. Encore une fois j’étais celui qui causait du tort aux autres, la bête noire… La personne à abattre!
– Léo… Est-ce que… Tu pourrais me faire sortir d’ici?
Il m’avait demandé ça faiblement, avec tellement d’espoirs…
– Parce que tu crois vraiment que je vais te laisser dans ces décombres?
Il m’offrit en réponse un sourire immense et pris d’une énergie étrange je le tirai par le bras en courant à l’extérieur de ce qui était son monde jusqu’à aujourd’hui.

« J’ai commencé à renaître… »

Les années ont passée, tout s’est arrangé.
Ce fou a payé et moi j’ai eu l’impression de ressusciter.
Léo m’a montré la beauté du monde, un monde si beau qui comme l’esprit humain possède une noirceur sans nom.
Je regrette un peu de ne rien pouvoir faire pour le remercier.
Il dit sans cesse que le seul fait de m’avoir à ses côtés est suffisant. Lui qui n’a jamais eu personne autour de lui.
On l’a rejeté parce qu’il ne correspondait pas à la norme du monde actuel.
Il vivait dans son monde sans doute à cause de la méchanceté gratuite de certaines personnes.
Son monde à lui est isolé, sombre et triste. J’ai encore beaucoup de mal à comprendre ce garçon si renfermé.
Finalement nous sommes pareils lui et moi.
Nous sommes tous deux restés enfermés dans un monde qui n’était pas le nôtre.
Je suis heureux que nos deux mondes aient pu se rejoindre, mais je garde tout de même une certaine rancœur.
Une haine égoïste.
J’ai beaucoup d’accusations à faire au destin et au passé, à certaines personnes qui n’ont peut-être jamais existé.
J’accuse mon père, ce fou de m’avoir privé de liberté!
J’accuse ces gens, hommes et femmes, de n’avoir jamais compris Léo et de l’avoir jeté dans la case du fou juste parce qu’il était différent!
J’accuse le destin de ne pas nous avoir fait nous trouver plus tôt!
J’accuse ce monde de se cacher sous un beau jour pour masquer sa noirceur!
Et enfin… J’accuse mon cœur d’éprouver tant de rancœur envers des choses appartenant au passé…
Pseudo-auteur : Aoi

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