Il est 23h30…


Il est 23H30. J’aime donner les heures, parce qu’on écrit différemment le matin, alors que le soleil se lève et qu’une journée entière nous attend, et la nuit, où le calme revient, nous laissant seul avec nos pleurs, nos espoirs, nos idées. Notre mélancolie.
Il est 23h30 et je range de vieux papiers. Je range de vieux papiers glanés dans divers magasines avant mon départ, des papiers censés me servir de bouées dans ce grand bassin parisien où je n’avais jamais mis les pieds. Ils reflétaient mes pensées et mes préoccupations d’alors, ma peur de l’ennui, et mon besoin de repères dans un monde encore inconnu.


Il est 23h30, je range de vieux papiers et je me dis que ma nouvelle, un brin mélancolique, risque d’ennuyer le jury charmé par les aventures extraordinaires, pétillantes ou tragiques, que lui présentent tous ces jeunes auteurs en herbe. Et si, il faut l’avouer, dans un coin de sa tête, le mot victoire a toujours une saveur particulière, on écrit rarement pour gagner. Pour plaire. On écrit parce qu’on a quelque chose à dire, parce qu’on espère que quelqu’un le comprendra, partagera nos idées et d’un hochement de tête, d’un j’aime, nous donnera la force d’avancer. Alors j’écris, non pas pour la victoire, mais pour partager une pensée fugace qui sera vite effacée.
Il est 23h30, je range de vieux papiers, je pense à ma nouvelle et j’écoute Parallel Lives de Revolver. L’influence de la musique sur les pensées et l’écriture m’étonnera toujours. Ce morceau m’obsède depuis hier. Il porte la chaleur de la Corse, la folie d’un voyage, les regrets et les joies d’une amitié amoureuse, et le chagrin d’un deuil. Je voyage en tailleur au pied de mon lit.
Il est 23h30, je range de vieux papiers, je pense à ma nouvelle, j’écoute Parallel Lives et je me dis que la plus extraordinaire traversée, c’est peut-être la vie, tout simplement. Il n’y
a qu’à voir en dix-huit mois le chemin parcouru. J’ai changé, j’ai grandi, j’ai beaucoup appris, je poursuis d’autres rêves, j’affronte d’autres peurs. J’ai réalisé aussi : des rêves, des projets de longue date, des coups de tête et des idées derrière cette même tête. Je regarde avec bienveillance ces papiers conservés et rangés avec attention, qui forgeaient mes opinions sur certains sujets. Je repense aux étapes, aux lieux visités, aux rencontres ordinaires ou singulières. Je repense aux surprises, aux larmes, aux sourires, aux clins d’oeil, aux petits bonheurs et grandes déceptions, aux doutes et incertitudes. Les remous ont existé, la marée n’est jamais calme et se tourner vers le large signifie laisser un filet d’écume sur le rivage. Mais il suffit d’un bout de papier et d’un crayon qui file pour que je retrouve cette douceur-amère des souvenirs, comme une histoire d’amour dont j’aurais tourné la page. Alors que mon crayon court sur le papier blanc, je repars en traversée. Mes pensées sont une mer sur laquelle voguent les mots. Pas besoin d’un navire pirate ou d’un vol à l’autre bout du monde pour rencontrer l’extraordinaire. Repenser à ce qu’on a fait et été est suffisamment incroyable. La plus extraordinaire des traversées est la vie, la plus inattendue, la plus forte, la plus dure. Rien n’y changera jamais, et lorsqu’on en doute, il suffit de faire courir cette mine de carbone dévorante sur un carnet ou une feuille volante. L’échappée est toujours belle, les détours toujours possible, avant de reprendre le chemin de sa vie.
Il est 23h30, je range de vieux papiers, je pense à ma nouvelle, j’écoute Parallel Lives, je me dis que la vie est peut-être la plus extraordinaire traversée, et j’écris, j’écris pour m’en souvenir, et je vis, tout simplement.

 

Pseudo-auteur : Spleen

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