Champ d’extermination


Être un légume, ça craint.

On est nourris, élevés, blanchis ; et on se prépare à cette vie qui nous paraît alors extraordinaire. Tous les jours, nous sommes traités comme des rois, sous la garde de ces gens si bienveillants. Mais soudain, ceux qui furent nos précepteurs deviennent nos tortionnaires.

Arrachés à notre terre natale, nous sommes expulsés au loin, sans racines, sans attaches, manquant d’eau et de nourriture. Entassés par centaines dans des caisses qui nous oppriment, nous sommes transportés dans un lieu étranger, sans savoir où exactement, sans savoir pourquoi, en réalisant simplement que ceux qui jadis détenaient notre confiance nous ont vendus, arrachés, dans le but ignoble de récolter ce que l’on appelle « l’argent ». La vie telle que nous la connaissions n’est désormais qu’un pale souvenir qui peu à peu s’efface de nos mémoires.

La lumière réapparaît soudain, aveuglante et terrifiante. Des dizaines d’employés, eux aussi trompés par leur fortune, nous déchargent violemment, nous ouvrent les portes d’un monde d’exposition ignoble dans lequel nous restons quelques heures. Certains sont déjà abîmés, rongés par la maladie, épuisés par le voyage exténuant, et sont triés à l’arrivée. D’autres, qui ont eu la chance d’échapper à ce sombre sort, sont alors étiquetés et rangés, à la vue de centaines d’étrangers.

Être un légume, ça craint.

Une fois humiliés, nous sommes tâtés, palpés, sentis comme de vulgaires animaux, et jetés comme des bêtes dans un chariot; un panier rouillé que la poussière a envahit. Ayant perdu toute orientation, nous ne nous doutons pas que le pire reste à venir.

Expédiés chez ces nouveaux bourreaux , nous sommes jetés sur une surface déserte, peu accueillante, ne pouvant subvenir à aucun de nos besoins. Commençant à manquer d’eau et de nourriture, nous nous dégradons, et maigrissons peu à peu. Soudain, nos tortionnaires, après nous avoir longuement affaiblis, décident enfin de nous achever; sortant leurs couteau, leurs armes obscures. Ces ignobles choses qui nous découpent, indifférentes à nos cris, à nos supplications. Ces écorcheurs qui nous épluchent, ces boites qui nous tuent. Lentement, nous agonisons assaisonnés, comme on garnirait un mort pour éviter qu’il ne pue. Nous tombons finalement tous en même temps, jetés dans un tombeaux humains, dans cette fosse commune qui nous oppresse, dans cet endroit ignoble où chaque partie de notre corps nous est extirpée, inhibée par cet oppresseur trop gourmand, dans l’unique but d’engraisser un homme d’affaire aussi large que long, portant la moustache et profitant de son pouvoir dominant.

Être un légume, ça craint. Et pourtant, tout le monde s’en fiche.

Pseudo-auteur : Ocine

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