Un chemin sans issue


Le souffle coupé, la respiration agitée, le cœur battant, une femme s’élança dans une ruelle sans lumière. Elle était sombre. Une ville sans vie, abandonnée par ses habitants, seuls les insectes demeuraient avec les arachnides. Quelques rats pullulaient également ici et là. La femme était suivie. Elle essayait de le distancer, de le semer. L’ombre semblait gagner du terrain sur sa victime à chaque pas.

Bientôt au bout d’une ruelle, une allée se dessina. Elle tenta sa chance pour la semer de manière définitive. Elle s’enfonça essoufflée, ses jambes engourdies. Elle continuait cependant avec l’énergie du désespoir dopée par l’adrénaline. Elle parcourut divers ruelles, allées, rues. L’ombre derrière elle semblait l’avoir perdue de vue. Elle ne pouvait continuer. Elle avait la nausée à force d’avoir trop couru. Elle s’arrêta et se réfugia derrière des poubelles. La femme essayait de reprendre sa respiration. Elle se calma peu à peu. elle sourit croyant avoir semé son poursuivant puisse mit à sourire. Le rire la prit, incontrôlable, nerveux.

 

Pourtant l’ombre réapparut quelques instants après. Elle écarquilla les yeux et sa joie stoppa net. Elle cessa de respirer. L’ombre passa à coté des poubelles. La femme pria pour qu’elle passe son chemin. L’ombre cessa de marcher, se tourna vers les poubelles. Le souffle d’une bête féroce était perceptible, calme mais prête à bondir. Sa tête était dissimulée par un capuchon noir tout comme le reste de son corps. L’ombre regarda autour d’elle, contemplant les rats s’agiter en sa présence, gagnés par de la peur et mêlée à l’attirance. Elle tendit son bras recouvert par une manche longue vers le haut pour ressentir l’air, le parcourir. La femme n’osait bouger, paralysée par la peur. L’ombre parut satisfaite de sentir un vent froide la parcourir. Elle baissa son bras, se tourna à nouveau vers les poubelles et s’adressa à elle avec ses mots calmes :

-Toi qui te caches derrière ces poubelles, entre dans ce monde et abandonne tout espoir.

 

Elle s’approcha lentement de sa victime qui venait de se ressaisir. Elle leva le bras vers elle, pointant son doigt dans sa direction avant d’écarter tous ses doigts pour laisser une masse sombre se former au creux de sa main.

 

La femme versa des larmes. Elle regardait autour d’elle. Ses mains tremblaient. La masse sombre forma une arme : une faux. Cependant, l’Ombre la trouva trop stéréotypée alors elle la changea en hache sans se soucier de la femme. L’ombre soupira,. Elle trouvait son arme trop lourde et encombrante à son goût. Elle chercha alors à façonner une nouvelle arme.

 

La femme apeurée recula lentement pour atteindre un mur. Elle le regarda et le heurta. Elle toucha avec ses mains les briques rouges qui le composaient. Ses mains tapotaient sa surface, comme pour y chercher, dans un moment désespéré, un passage secret ou une issue qui lui sauverait la vie. Elle sentait la fin venir. L’ombre qui s’était arrêtée semblait agacée par les armes qui apparaissaient. Elle reprit sa faux et la brandit avec fierté.

 

La femme toucha une brique avec la paume de sa main. Celle-ci tomba au sol. Les autres briques disparurent une à une très rapidement pour former un espace vide de couleur rouge. La femme s’y sentit attirée, avalée, submergée par cet espace et s’y enfonça sans réellement résister. Elle disparut bientôt à l’intérieur.

 

L’ombre fit voler en éclat les poubelles en agitant sa faux. Elle observa l’espace vide rouge et inclina la tête vers le bas pour dire dans un court monologue :

-Courir est inutile, cela ne sert qu’à accroître la fatigue de mon travail.

La femme plongea dans un néant où elle lévitait où rien se semblait physique. Le néant fit bientôt place à l’espace physique. La femme sentit l’odeur de l’eau salée. Un océan bleu apparut, agité par les canons de deux navires de Guerre s’entre déchirant dans un violent combat. La femme atterrit sur l’un des navires de Guerre, un grand trois mâts. Les canons retentissaient, les hommes autour d’elle étaient en effervescence ignorant sa présence.

 

La femme se sentait perdue face au chaos régnant quand elle repensa à son poursuivant. Elle essaya de parler aux marins mais ceux-ci continuaient de l’ignorer consciemment. L’un d’eux la repoussa de manière violente quand elle s’approcha de lui et lui tint ces paroles en la regardant fixement :

-Tu es condamnée, accepte l’impensable.

Le marin retourna au combat pour charger un canon. La femme revint à la charge mais celui-ci ne lui adressa plus la parole, ni même un regard. L’ombre apparut derrière elle, la regarda et lui tint ce langage :

-Accepte ta destinée toi qui entre dans ces lieux abandonne tout espoir.

Des marins chargèrent un canon et firent feu en allumant la mèche. Un boulet fusa, fendant l’air. Projeté par la puissance de la poudre, il frôla la femme recroquevillée sur le sol, tournée vers l’ombre. Le boulet frappa l’ombre de plein fouet au niveau de l’abdomen. La puissance du choc le souleva de terre pour l’écraser contre l’un des grands mâts. Celui-ci, sous le choc de l’impact, se brisa net.

 

La femme se releva surprise et recula. Son poursuivant, semblait fondu dans la matière. Il bougea, regarda autour de lui , puis soupira. Il se tourna ensuite vers la femme pour lui tendre la main. Il lui somma de s’arrêter et d’abandonner. Elle lui hurla qu’elle voulait vivre tout en reculant, voulant s’éloigner le plus de l’ombre. Elle toucha bientôt le bastingage. L’ombre fit apparaître sa faux une nouvelle fois et la lança dans la direction de la femme qui se jeta au sol pour l’éviter. La faux tomba dans l’océan et l’ombre eut comme seule réaction d’insulter la femme car il venait de perdre l’une de ses précieuses armes.

Il agita la matière sombre autour de sa main et une nouvelle arme se forma : un pistolet avec lequel il tira par deux fois. La femme visée par ses tirs, recula subitement et tomba par dessus-bord ce qui ne l’empêcha pas de recevoir une des balles dans l’épaule.

 

Elle cria en tombant dans l’océan qui l’engloutit. Elle coula telle une enclume. Ses yeux ouverts, elle regarda sa blessure et surprise, vit s’échapper de sa plaie une coulée de peinture rouge. Elle fut gagnée de torpeur. Son poursuivant soupirait.L’ombre jeta son pistolet et dit alors :

-Ces armes « modernes » craignent ; ces armes et cette gourde qui tombe mais quel job de merde. j’aurais jamais du dire au patron qu’il était trop gros.

 

L’abîme entoura la femme. Elle ferma les yeux avant de les rouvrir et de constater qu’elle était dans ce qui ressemblait à une chambre, constituée de laine et de tissus. Elle regarda avec un sentiment d’effroi et de curiosité. Elle tendit ses mains en prenant un miroir posé à coté d’elle. Elle avait l’apparence d’une poupée. Elle brisa le miroir en le laissant tomber effrayée. Elle remarqua qu’elle occupait une maison de poupée. Avant qu’elle ne s’étonne davantage de cet univers, elle ressentit une douleur à l’épaule. Elle regarda sa blessure, de la peinture continuait de s’en échapper à la place du sang.

Elle quitta la maison pour déboucher dans les rues d’une ville remplies de poupées se déplaçant tels des êtres humains. L’ombre apparut dans la maison quelques minutes après. Elle se regarda dans un miroir et s’offusqua de son apparence disgracieuse. Elle sortit pour rattraper la femme, puis la voyant, elle lui cria :

-Bordel de merde ! Non pas ça ! Bon arrête toi ! Arrête de courir toi qui entres dans ses lieux….

Un bus fait de légos et de laines l’écrasa ce qui le coupa dans sa phrase. La femme en profita pour courir et supplier de l’aide auprès de passants. Aucun ne répondit à l’exception d’un qui lui tint ce langage :

-Arrête de courir, ton cœur s’est déjà arrêté. Soumets toi à ta propre destinée….

 

Le passant reprit son chemin. Elle hurla quand son poursuivant qui s’était relevé, s’élança vers elle. Il fit apparaître une faux qu’il embrassa puis essaya de frapper la femme au visage. Elle se jeta sur le côté mais il lui trancha un bras de laine. Elle hurla de douleur, un jet de peinture rouge s’échappa de son corps. Elle rampa, se releva et courut malgré la douleur plus qu’atroce sous le regard incrédule de l’ombre qui se dit alors en inclinant la tête vers le côté :

-Une…. Une poupée qui court et qui crache de la peinture… Il est temps d’en finir sinon je crains de perdre la tête…

 

Elle frappa le sol avec sa faux. La femme s’écroula à quelques mètres et soudain un autre monde apparut. La femme était au dessus du sol, à quelques mètres de celui-ci, elle chuta pour s’écraser. L’ombre décida qu’il était plus que temps d’en finir. La femme, le visage tuméfié, plusieurs côtes brisées et le corps plus que mal en point, voulut se relever. Sa jambe était brisée. Elle hurlait mais ne ressentait plus la douleur. L’ombre lui dit alors :

-Abandonne tout espoir toi qui rentres dans ces lieux car….

 

Le même bus de laine qui l’avait renversé vint s’écraser sur lui l’empêchant une nouvelle fois de terminer sa phrase. La femme combative rampa pour tenter d’échapper à son poursuivant. Une porte majestueuse avec des représentations sataniques et religieuses lui fit face. Elle dit alors :

-Non ! Non ! Je vous en prie je veux vivre, je suis prête à me battre !

 

L’ombre vit voler en éclat le bus et cria que cela devait suffire de manière définitive. Elle enleva sa capuche, découvrant son apparence, un squelette de couleur blanche. Il claqua avec les doigts de son autre main. Une musique retentit qui ne lui convenait pas. Il se remit à claquer des doigts plusieurs fois avant de trouver une musique à son goût.

 

Il lui annonça qu’elle allait aller de l’autre côté des portes qui s’ouvraient lentement. La femme refusait, lui hurlant qu’elle voulait résister et combattre. L’ombre, lui dit à ce moment de renoncer, d’accepter la réalité. Elle était condamnée et sa mort ne pouvait être stoppée. Les portes en s’ouvrant attiraient la femme. Un vent violent l’attirait vers l’intérieur malgré sa résistance. La femme cherchait une prise avec son unique autre main sans succès. Le squelette lui trancha le second bras par précaution. Il lui annonça alors :

-Ici commence un nouveau voyage, abandonne tout espoir de retrouver ton ancienne vie et prépare toi à celle qui t’attend au bout de ce voyage.

 

Elle pleurait et le suppliait de lui donner une seconde chance. Il se retourna, inclina sa tête vers le bas pour lui dire ces dernières paroles alors que les portes s’étaient déjà refermées sur elle :

-Une seconde chance ? Aucune chance, abandonne tout espoir…. J’aurais aimé avoir une seconde chance moi aussi mais quand viendra t-elle ? Quand ?!

Le silence demeura, le silence régna.

 

Pseudo-auteur : Virshole

 

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6 réflexions sur “Un chemin sans issue

  1. On commence à lire, et l’on voudrait aller plus vite que les écrits tellement l’histoire est prenante, haletante… Bravo, à bientôt pour de nouvelles aventures…

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