Funérailles


Maman n’aime plus Papa, Papa n’aime plus Maman. Maman ne parle plus à Papa, Papa ne parle plus à Maman. Ils ne font plus rien ensemble. Ils ne s’entendent plus. Papa ne la fait plus rire. Avant, elle riait tout le temps. Tout change. Tout change, et je n’aime pas ça.

Maman passe ses soirées à parler avec ses amies du lycée. Papa rentre tard et passe ses soirées à jouer sur son téléphone portable. C’est comme s’ils ne faisaient plus attention à rien. Comme s’ils ne faisaient plus attention à nous. Oui, les choses changent. La vie change. Ils changent. Et je crois bien que c’est la fin. C’est la fin de cette famille, c’est la fin de nous. C’est la fin du bonheur d’avant.
Rien ne va bien, et moi encore moins.
Je me sens si seule dans cette maison sans joie. Dans cette maison sans vie. Avant, ce n’était pas pareil. Il y avait des disputes – quelle famille n’est pas passée par là ? – mais on ressemblait à une vraie famille. Maintenant, il n’y a plus aucun dialogue. Il n’y a plus rien. Et je ne peux rien faire contre ça. Je ne peux rien faire, et ça me tue. Je les déteste ne nous faire ça. Je les déteste de changer.
Je les déteste.
Papa ne vient plus me faire de bisous comme avant. Il ne me parle pas ou à peine, il ne fait tout simplement pas attention à moi. Il reste à l’écart. Seul. J’ai peur qu’il devienne comme Papi. Je crois bien qu’il ne sourit plus. Je veux dire son vrai sourire. Celui avec les yeux. Celui qui brille. Celui qu’il avait systématiquement lorsqu’il posait son regard sur nous. Celui que j’aimais tant, et qui me fait sentir si spéciale. Non, il ne me sourit plus.
Et moi, j’ai arrêté de me sentir spéciale.
Je crois que Maman est lasse. Elle est lasse de Papa, elle est lasse de la vie. Je ne peux pas m’empêcher de lui en vouloir. A mes yeux, tout est de sa faute. C’est elle qui a commencé à ne plus lui parler après tout. Avant ça, tout allait bien. Elle a tout gâché. Maman gâche toujours tout.
Pourtant on était heureux avant. Je crois.
Nous étions si soudés.
Mais rien n’est pareil. Je pense bien que rien ne sera plus jamais pareil. Ce sentiment de tristesse ne veut décidemment plus s’en aller. Je pense qu’il restera là pendant encore un long moment. Je n’ai aucune raison d’être heureuse de toute manière. Je n’ai rien. Ai-je seulement encore une famille, une vraie ? Mes parents me manquent.
Je grandis, ils vieillissent, et tout nous sépare.
Mais ce qui me manque encore plus, c’est de me sentir à ma place. Je me sens comme une étrangère n’importe où je vais désormais. Je n’appartiens à aucun monde. J’ai parfois l’impression que cette planète n’est pas la mienne, et qu’elle ne l’a jamais été. Mes parents étaient mes confidents. Ils ne le sont plus. Je ne suis plus à l’aise avec eux, je ne suis plus à l’aise dans cette maison, je ne suis plus à l’aise dans cette vie.
Peut-être que moi aussi, je change.
Mais tout est si fade. Tout est si triste. Comment est-ce que la vie peut-elle être aussi triste ? Je ne comprends pas, je ne comprends rien. Je n’ai sûrement jamais rien compris.
Tout ce que je sais, c’est que je suis seule.
Horriblement seule.
Je n’ai plus de famille. Ce que j’ai n’est plus une famille à mes yeux.
J’aimerai partir, loin. Très loin. Là où je n’aurai pas à faire face à ces problèmes, là où je ne verrai plus mes parents vieillir et changer. Là où je ne verrai pas ma famille partir en lambeau. Je veux partir loin, et tout recommencer. Je veux devenir une nouvelle personne. Je veux une autre vie. Je veux pouvoir faire semblant de ne rien voir de ce qui se passe dans cette maison. Je veux pouvoir nier.
Je veux trouver une nouvelle famille, une vraie.
Je veux trouver de nouveaux amis.
Je veux trouver le bonheur et l’épanouissement.
Je veux trouver la confiance que je n’ai jamais eue.
Je veux trouver l’introuvable.
Mais ce que j’aimerai plus que tout au monde, c’est de retrouver ma famille.
Je veux retrouver ma famille. Je veux que rien n’ait changé.
J’accuse la vie de faire changer les gens. J’accuse la vie de faire vieillir mes parents. J’accuse l’avoir d’avoir détruit ma famille. J’accuse la vie de rendre malheureux n’importe qui. J’accuse la vie de me détruire la vie.
J’accuse la vie.

 

Pseudo-auteur : beyourownhero

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