Un peu d’espoir


Fiction librement imaginée à partir de faits réels

13 janvier 1898, Paris…

– Enfin ! murmura Lucie, des larmes d’espoir dans les yeux. Enfin quelqu’un de notre côté !

Lucie Dreyfus venait de lire « J’accuse », l’article publié par l’écrivain Emile Zola dans le journal « L’Aurore », qui prenait la défense de son mari, le capitaine Alfred Dreyfus, accusé et condamné à tort pour trahison, pour avoir livré des informations secrètes à l’ennemi allemand.

Depuis 1894, leur vie était devenue un cauchemar. Cela avait commencé lorsque l’armée avait décidé que l’espion en question était son mari, parce qu’il était plus simple de faire condamner un juif. Ensuite, il y avait eu les procès, infernaux, durant lesquels des fausses preuves et des fausses accusations avaient témoignées contre son époux. Puis, il avait été dégradé en public dans la Cour des Invalides : un soldat lui avait cassé son sabre. Cette scène horrible continuait de la hanter depuis quatre ans. Ce geste atroce, réservé aux pires traîtres, avait été un vrai supplice. A ce moment-là, elle avait eu envie de hurler. Puis, comme leurs malheurs ne s’arrêtaient pas là, il avait été envoyé au bagne, à l’île du Diable, en Guyane. Depuis, son quotidien était un enfer : les gens la regardaient étrangement, la pointaient du doigt… Elle n’avait même pas le droit de correspondre avec son mari, n’avait jamais de nouvelles… La seule parole qui la rassurait tout en la faisant fondre en larmes était une phrase que lui avait dite un jour sa mère pour la consoler alors qu’elle était en pleine crise : « S’il était mort, tu le saurais… ». Le plus dur avait été d’expliquer « l’affaire » à leurs enfants, Pierre et Jeanne, qui avaient trois et un an au moment du drame. Au début, sa petite fille ne cessait de demander de sa voix enfantine : « Papa ? » Ce mot et les réponses qu’elle devait faire étaient pour elle un déchirement…

Enfin ! Enfin quelqu’un reconnaissait l’innocence de son cher époux ! Enfin quelqu’un dénonçait les machinations qui avaient été créées contre lui ! Enfin quelqu’un avouait qu’il avait été accusé à cause de sa religion !

Surtout, enfin quelqu’un qui réfléchissait : en effet, il suffisait d’avoir un peu de logique et de connaître le caractère de son mari pour savoir qu’il était innocent. C’était ridicule : lui, qui avait préféré la France comme patrie lorsque son Alsace natale était devenue Allemande en 1871, trahir ce pays qu’il aimait et qu’il avait choisi ?

Lucie entendit des pas derrière elle et fit volte-face. Son fils Pierre venait de se lever. Par ailleurs, il était huit heures trente, sa fille ne devrait pas tarder à imiter son frère…

– Bonjour, Maman. Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta le petit garçon. – Non, au contraire, le rassura-t-elle en souriant. Lis, mon chéri ! Lorsqu’il eut achevé sa lecture, il demanda :
– Papa va être gracié ?

– Je l’espère, mon chéri. En tout cas, si cela se fait, ne soit pas trop impatient : ces choses-là prennent du temps.

– Tu crois que, grâce à Monsieur Zola, les gens vont se mettre à aimer notre famille ?

– Je ne sais pas, mon chéri, lui répondit-elle de sa voix douce de l’excellente mère qu’elle était, malgré les évènements. Souviens-toi que, une semaine plus tôt, on nous reprochait d’avoir divisé la France.

Ce qui était vrai. Deux camps s’étaient formés : les « dreyfusards », qui les soutenaient, et les « antidreyfusards », qui leur étaient opposés. Pour Lucie, il s’agissait surtout des personnes tolérantes et justes, et des antisémites : c’est ainsi qu’elle voyait l’affaire, et c’est ainsi qu’elle l’avait apprise à ses enfants.

– Mais c’est normal ! protesta le jeune garçon, que le drame avait rendu beaucoup plus mature que les autres enfants de son âge. Papa est innocent ! Il faut bien que…

Elle lui mit un doigt sur la bouche.

– Je sais ce que tu penses, Pierre, nous en avons déjà discuté maintes fois.

– Quand même, murmura-t-il, j’aimerais bien qu’il revienne…

– Nous aimerions tous qu’il revienne…

– Oh, il se passe quelque chose de spécial aujourd’hui ! s’exclama une petite voix fluette derrière eux.

Il s’agissait de Jeanne, qui fut immédiatement mise au courant des évènements.

– C’est vrai ? s’enthousiasma-t-elle. C’est fantastique ! Cela veut dire que…

– Ne t’excite pas, Jeanne, la calma sa mère, rien n’est encore fait. C’est un bon début, nous devons nous en réjouir, mais rien n’est encore fait. Et, je juge qu’il est bon que vous le sachiez, car c’est une excellente nouvelle, ajouta-t-elle ; mais, ce matin, lorsque je suis allée chercher le journal, j’entendais les autres personnes qui l’avaient acheté discuter entre elles. Pas devant moi, bien sûr, elles étaient de l’autre côté du trottoir… Comme je n’avais pas encore lu l’article, je ne comprenais pas, mais j’ai quand même tout écouté et retenu. Ils disaient « Ce Zola a peut-être raison, il faudra attendre la suite… ». Bon, bien sûr, certains

pensaient aussi qu’il racontait n’importe quoi et que – sa gorge se serra à ce moment-là – les Juifs étaient inférieurs aux autres hommes mais…

Elle n’eut pas le courage de finir.

Elle regarda le portrait de son mari accroché au mur du salon.

– L’important est que nous sachions qu’il est innocent, que nous l’aimions, et qu’il sache que nous l’aimons. Cette après-midi, nous irons à la synagogue prier pour lui, et pour qu’il soit libéré et gracié bientôt.

Pseudo-auteur : Artemis

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17 réflexions sur “Un peu d’espoir

  1. Tu réussis à nous faire revivre ces jours sombres de notre histoire grâce à ton style prometteur. Mais tu écris bien depuis longtemps, je n’ai pas oublié les textes que tu écrivais dans ma classe en CM1. Bravo et continue.
    Patrick N.

  2. J’ai lu ta nouvelle facilement, tu as une écriture agréable et intéressante. Merci pour ce grave moment d’histoire que tu nous rappelles. A la prochaine nouvelle!!!!

  3. c^^^^^^^^^^^^^^^^Chiarra je viens de lire ton texte- il est super je te félicite car on croirait que c’est le récit d’un adulte- tu es vraiment douée je ne peux que t’encourager à continuité sur cette voie – je pense que tu iras très loin et qu’un bel avenir s’ouvre certainement devant toialors bon courage et bonne route sur les chemins de ta vie Jean Marie K

  4. Félicitations Arthemis !!! Ta nouvelle est vraiment GE-NI-ALE !!!! Continue comme ça j’ai hâte de lire d’autres histoire de toi si tu en écrit ! J’espère que tu excelleras dans le métier d’écrivain ! (Je mets pas de e a ecrivain parce que je sais que tu trouve ça trop moche avec un e) voilà je crois que j’ai tout dis ! Encore bravi et jespere que tu remporteras le concours !

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