Un baiser au pied du monde

Dans la chaleur estivale, la foule bouscule mes idées, elle écrase de sa masse mes pensées. Les visages souriants, les dents trop blanches et les langues assassines détruisent mon courage. Je vois la grande roue qui trône au centre de toute cette agitation menaçante, comme un halo saint qui bénit les accusations des têtes vides. Des ombres sans traits, pareilles à des fantômes solides, qui peuplent ce royaume où la fête est reine.

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Née une deuxième fois

Le vent ramène sur mon front ma frange trop longue. Je la ramène en arrière, ma main tremble. Je regarde le soleil, celui des autres. Celui qui réchauffe, qui met du baume au cœur. Sur moi il n’a aucune emprise, aucun effet. Mon soleil à moi est blanc, et viens des tréfonds de la misère, d’un monde sale où seuls les marginaux dans mon genre vont. Il est là, dans ma poche, et je n’attends que lui, il n’attend que moi.

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Souvenez-vous

Bonjour à tous. Voici les titres de l’actualité du jour :

Un attentat à la bombe a touché tôt dans la matinée le bunker oú s’était réfugié le président Burundais. En effet, son opposant dans cette guerre qui sévit depuis plusieurs semaines : le Rwanda, qui parlait il y a quelques jours d’une attaque ciblée, a mis à exécution sa menace. Nous retrouverons là-bas notre envoyé spécial qui nous expliquera en quoi cette mort risque de changer totalement la face de la guerre.

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Migration pendulaire

Le ballottement du train vous berce. Pris dans l’élan vertigineux du wagon dans lequel vous vous êtes engouffré juste avant le départ du train, vous n’êtes plus qu’énergie dirigée dans une seule direction : le lointain. Vous sentiriez presque la musique que vous sifflotiez en vous levant se frotter contre votre peau, vous poussant à vous assoupir, tant la mélodie s’accorde avec le rythme des rails entrant et sortant de votre champ de vision.

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Drôles de drames

Il y avait eu un mort, cette nuit là. Le corps avait été retrouvé devant la porte du manoir.
C’est Madame Leblanc qui l’avait découvert dans la matinée, en sortant chercher les bouteilles laissées par le laitier. Elle avait grimacé d’abord, en constatant que le sang avait débordé sur son paillasson. Dans une suite logique, elle avait donc d’abord porté le tapis dans la cuisine en prenant soin qu’il ne goutte pas sur le parquet. Puis seulement elle avait soulevé le cadavre par les épaules et l’avait traîné dans la salle de bain. Elle avait vu assez de films d’Hitchcock pour savoir que le meilleur endroit pour un mort malvenu est la baignoire, quitte à ce que les pieds en dépassent.

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Pour se souvenir du présent

Ce n’était pas seulement une envie impérieuse, sortie de nulle part, un désir irraisonné qui l’avait surpris en descendant les escaliers pour le petit déjeuner. Il avait le sentiment d’avoir attendu trop longtemps déjà, de même que ce besoin, il en avait soudain l’étrange certitude, l’avait accompagné sa vie durant sans qu’il en ait pris conscience, resté silencieux depuis toujours comme un nœud de démangeaisons se réveillant sur un carré de peau qu’il ne pouvait atteindre, quelque part, probablement, entre ses deux omoplates.

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