Migration pendulaire


Le ballottement du train vous berce. Pris dans l’élan vertigineux du wagon dans lequel vous vous êtes engouffré juste avant le départ du train, vous n’êtes plus qu’énergie dirigée dans une seule direction : le lointain. Vous sentiriez presque la musique que vous sifflotiez en vous levant se frotter contre votre peau, vous poussant à vous assoupir, tant la mélodie s’accorde avec le rythme des rails entrant et sortant de votre champ de vision.

Ordinaire, ce voyage semble l’être, mais malgré le sentiment d’habitude, vous avez l’impression de traverser de nouvelles contrées, des paysages dont les superbes couleurs et reliefs vous atteignent à peine, comme trop loin pour votre conscience. Les silhouettes indistinctes des arbres ne ressemblent à rien de connu, leurs feuillent s’agitent trop vite pour être distinguées depuis un train roulant à vite allure.

Train qui file toujours plus loin sans même que vous puissiez voir les mètres se faire happer, les kilomètres se faire dévorer, par la locomotive furieuse et affamée. Vous regardez les lignes de chemin de fer.

A l’embranchement, vous tournez la tête à gauche, vous êtes sous l’eau. Quelques bulles vous empêchent de clairement distinguer votre nouvel environnement. À moins que cet océan ne soit votre demeure depuis toujours ? Depuis quand êtes-vous ici ? Votre déplacement semble pénible, plus qu’à l’accoutumé…l’habitude…mais de quoi, au fait ? Un amas de basaltes en coussin forme une montagne sous-marine qui surplombe tout votre être, ni tout à fait mammifère, ni tout à fait poisson. Vos écailles luisent doucement sous l’éclat tamisé de l’astre lunaire au-dessous de vous. Étrange, vous auriez pourtant juré qu la Lune était très loin dans le ciel. Or, vous voici à marcher sur sa surface, vos pieds palmés rebondissant sur cette surface lisse et granuleuse, iridescente. Quelques miettes stellaires viennent se poser sur vos nageoires, elles se mettent à scintiller ; de la poudre aux yeux, vous papillonnez des paupières. Une nuée de ces espèces de lépidoptères que vous haïssez tant vous barre la route que vous empruntiez pour enfin rejoindre ce que vous cherchiez à atteindre ; le chemin se déroule sous vos pieds comme un tapis de soie, vous touchez à peine le sol et ne sentez que le vent passer entre vos paupières mi-closes. Tout est doux, cotonneux comme un nuage, mais sans humidité, et parfaitement isolé de toute nuisance sonore ou aberration visuelle ; rien que vous, vos pensées et votre calme ; aucun endroit au monde ne pourrait vous apporter autant de sécurité, de sérénité. Les mouvements du ciel font doucement ballotter votre abris, dérivant vers une immensité de bleu infinie. Quelques points, lointains dans le ciels, clignotent et tintent comme des cloches, quoique plus désagréablement. Répétitif, le son commence à doucement pénétrer vos oreilles, jusqu’à imprégner tout votre être. Quelque chose se passe, vous fermez vos paupières, secouez la tête pour chasser ces bourdonnements intempestifs.

Vous ouvrez les yeux. Du noir. Partout. Seriez-vous aveugle ? Vous vous débattez dans une prison à la consistance étrange, avant d’émerger des draps.

Vous êtes éveillé.

 

Pseudo-auteur : Virgule

Publicités

Une réflexion sur “Migration pendulaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s