La monnaie du savoir


Les murs se crispent au fur et à mesure que le temps avance, emprisonnant les sourires
matinaux, les colères refoulées, les illusions empoisonnées et les désirs non réalisés. La
parure d’élève soldat sera la clef de l’empire de la connaissance. Prépare toi, ton âme
sera séquestrée le temps d’une année. Demain aura probablement la même saveur
insipide qu’aujourd’hui.

A l’arrière, il existe un autre espace temps, une dimension qui
consume ta chère enveloppe charnelle. Dans ce monde, l’identité disparaît, tu n’es plus
qu’une image, la couverture d’un quotidien sans contenu. Tu deviens un étranger, un
pauvre être abandonné, clone de la société, déguisé en robot d’apprentissage. Tu
passeras aux côtés d’un semblable sans même le regarder, comme toi il n’est qu’un pantin
manipulé. Celui d’en face n’a pas de nom, il est l’inconnu sans histoire, ce soir tu auras
oublié son existence. Il est pourtant placé sur la route de ta vie, celle qui offre ses fruits
avant de s’éteindre éternellement, il aurait peut être eu la clef tant attendue de tes
tourments. Les bouches crieront, pleureront, riront tu ne sauras pourquoi mais ces
hommes seront là, hébétés tout comme toi. Au fond, tu n’auras aucune raison de rester,
aucune raison d’accepter l’endoctrine déguisée, mais tu resteras, là, fixé sur ta chaise en
attente de l’inattendu mais surtout de la fin du calvaire. En masochiste, tu subiras la
complainte des mots venimeux qui te crieront à la figure que jamais tu n’y arriveras «Mon
pauvre tu n’es qu’un bon à rien sans vécu, qui n’a encore rien compris à la vie». Ces
éclairs tonneront dans la salle et parviendront à te convaincre que tu n’es qu’un enfant
d’ignorant. Mais tu laisseras la colère ronger tes entrailles sans dire mot, pour que Famille
et Parent soient fiers et qu’ils puissent se dire que leur mission aura réussi avec brio.Mais
quel est ce monde où le parvenu règne en maître? Quel est cette Terre où l’argent est le
signe de valeur par excellence? Dans cette industrie d’hypocrisie les maîtres du savoir
jugeront la valeur de ton âme à l’odeur de tes notes. Ils blâmeront tes mots d’un chemin
rougissant qui déferlera sa haine au tournant de ta blanche copie. Eux disent vrai toujours,
sans faillir et sans fléchir. Riches de remarques savantes ils osent faire rimer la pauvre
Intelligence à la douce révérence. Ils font des imbéciles indignes la caricature de leur
propre idéal, feraient bien de nos identités perdues les sujets d’une société mal organisée.
Des blasés, essoufflés par la vie et l’enfer du quotidien mal en point, qui ricanent et se
jouent de la jeunesse qui leur fait face. Ils traînent derrière eux le boulet du travailleur aigri
par l’échec de sa propre vocation. «Très cher ne comprenez vous pas? Ces êtres mal
finis, n’ont guère de point de vue. Et quand bien même, ils en aurait un, leur opinion aurait
l’impact d’une bactérie dans la folie d’une foule en furie». Apprendre la vie de l’ancien
temps est un bon moyen d’endormir les moeurs du présent. Tu seras incollable sur les
hiéroglyphes de l’Égypte ancienne et les écritures cunéiformes de la basse Mésopotamie
mais désarmé face aux réels méfaits de la vie.
Le gouvernement préserve l’ignorance des adolescents. Ah ! Quelle belle République, qui
offre aux plus « méritants» ou si j’ose le dire aux plus pistonnés le droit de s’extasier,
d’écraser les pauvres recalés. Toi, pauvre élève assujetti, resteras là, bouche béante,
regard vide de sentiments, cloué à ta chaise, tu te projetteras dans un avenir bien trop
proche, dans ton ignorance aveuglée tu suivras la voie que les fonctionnaires auront choisi
pour toi. Malheureusement tu prendras cet interminable sentier sans même connaître
les tournants de l’issue qui te conduira à ta propre perte. J’accuse avec rage et indignation
ce temps plaintif qui façonne à sa guise les adultes de demain.Sur leur pied d’estale, les
puissants dégainent les lois, parlent dans le vent, promettent le changement en oubliant
les principaux concernés: Le peuple, la jeunesse ivre. Ils jouent le jeu du preux chevalier
venu délivrer l’humain à l’agonie avec des outils de pacotilles. Et ce, pour le prestige de
leur ego surdimensionné. Ils hurlent des mots en l’air qu’eux seul peuvent comprendre,
sous des théories d’inflation, d’économie croissante dont on ne voit jamais la couleur. Ô
république oubliée, la dérive des adolescents n’illustre-t-elle pas un besoin imminent de
changement ? Pourquoi n’entends tu pas les cris de douleurs, les gémissement en pleurs,
les appels de terreur que nos êtres étouffent en silence ? Jeunesse endormie, c’est à toi
que je m’adresse. N’oublie pas la lutte de nos ancêtres, ouvre les yeux et renverse
l’industrie de l’hypnose.

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