Un autre chemin


« La pauvreté, la peine, le désespoir, l’obscurité, un chemin obstrué, a sens unique et sans espoir de réussite. Est-ce cela vivre ? Est-ce cela l’humanité ? Je me suis toujours posé la question depuis mon plus jeune âge en voyant mon père partir travailler et ruiner sa santé. » Il ne restait qu’un pas a faire en ce temps pour sombrer dans l’illégalité ou vouloir choisir son propre chemin, une autre vie.


« Je regarde autour de moi et n’y vois qu’une succession d’actes qui auraient tous leur place dans n’importe quelle tragédie. Des personnes qui boivent et se droguent sous les yeux d’une police corrompue. Des hommes en armes n’appartenant pas à la police et se prenant pour de grands guerriers arpentant les rues et semant la mort » Il était temps pour moi de partir et de tout recommencer.
« Chercher quelques passeurs est loin d’être difficile. Obtenir des places pour un aller simple est plus compliqué. Je me suis mis à vendre tous mes biens en commençant par les meubles mités, les draps sales et pour finir ma veille maison. Mais cela ne suffit pas. Pour obtenir ce billet je me suis mis à travailler sans manger, en me privant à de nombreuses reprises. Finalement j’ai obtenu une place et me suis prépare à partir avec comme seuls bagages, mes vêtements. » Voila ce qui était à faire, tout vendre pour avoir un nouveau départ.
« Se retrouver avec de nombreuses personnes inconnues. Elles sont si différentes. Il y’a des vieillards, des enfants, des adultes, des adolescents, des femmes enceintes et des malades. Elles ne sont pas si différentes en y repensant. Nous avons tous une chose en commun. Ils veulent tout comme moi traverser et ne plus revenir, réussir le passage sans être arrêté regarder et découvrir un autre pays. Un pays ressemblant à un autre monde que nous avons tant rêvé. Avoir un travail, être régularisé, cesser de vivre dans la peur, pouvoir subvenir aux besoins primaires de nos familles. » C’est tout ce que nous rêvions et espérions en ce temps là.
« Nous sommes arrivés près des côtes une nuit et ma respiration n’a pas cesser de s’accélérer. Un bateau usé et d’un autre temps, un navire qui prennent l’eau, fais de bois fragiles avec deux gilets de sauvetage et une capacité maximum d’une dizaine de personne pour accueillir 200 migrants. Un capitaine fortement alcoolisé pour nous guider sans équipage et aucun confort. » C’est sur quoi notre vie reposait. C’est tout ce qui nous était offert pour la traversée et aucun luxe ne nous était concédé après la somme qui nous avait été extorquée.
« La mer agitée avec un pluie incessante, des vagues d’une hauteur digne des plus grands récits de voyageurs expérimentés. » Chacune d’elles pouvait aisément nous balayer et écraser notre embarcation.
« J’ai des frissons plein le corps. Mes dents claquent. Mes cheveux et vêtements sont trempés sans rien pour me réchauffer. J’entends a mes cotés des pleurs d’enfants, des cris d’adultes qui paniquent et souhaitent retourner en arrière. Un capitaine qui chante en tenant dans l’une de ses mains une bouteille et de l’autre le gouvernail sans se soucier des aléas du temps ainsi que les caprices de la mer. Une femme prie et implore son Dieu de lui venir en aide. Je lui demande de le faire pour moi mais elle semble se trouver dans un état de transe. » C’est ainsi que la traversée avait commencé et devait se poursuivre.
« Des heures durant la mer s’en prend au bateau et teste sans répit la solidité de nos nerfs. Le bateau ne cesse de tanguer de gauche à droite, de droite à gauche drainant de plus en plus d’eau salée à notre bord. Nous sommes attaqués par cette eau. Elle assèche nos lèvres et notre peau sans que nous ne puissions y faire quelque chose. » C’est ce que la mer avait à nous offrir pour avoir osé défier en l’empruntant.
«Des heures durant, sans que la pluie ne cesse, nous sommes confrontés au manque de fatigue et au calvaire de la peur qui grandit dans nos coeurs. La femme en transe se lève soudainement et hurle au ciel des prières ordonnant d’apaiser la colère des mers puis à notre plus grande surprise la mer semble se calmer. Nous semblons voir apparaitre un rayon de soleil, l’espoir semble revenir et le doute disparaitre mais alors que tous semble croire a une fin heureuse une vague vint heurter la coque et la briser. La femme s’écroule, le rayon disparait et la pluie se fait plus forte. » C’est à ce moment que tout a basculé.
« La coque brisée, le bateau se met à sombrer peu a peu, des gens crient, une panique s’installe et je gagne instinctivement le canot de sauvetage. Le canot déjà plein est prêt a partir, je tente d’y entrer avant d’être repousse par une autre personne qui me bouscule et prend ma place. Je crie et mon seul espoir part. Je le regarde s’éloigner avant que celui-ci ne coule sous le poids des naufragés qui leur offrent un aller pour le fond des abysses. » C’est a ce moment que je crus que la fin était arrivé pour nous tous mais je n’aie pas immédiatement abandonné. Au fond de moi je voulais encore m’en sortir.
« Le cœur battant, l’eau jusqu’aux genoux, poussant les personnes qui me gênaient dans ma course, je cours vers les gilets de sauvetages. Je ne les trouve pas, je lève le regard et vois d’autres migrants en prendre possession. Je me suis arrêté. Mes épaules se détendent, je reste difficilement le regard levé et expire en pensant que celle-ci est ma dernière respiration. Je perds espoir, une autre vague vient renverser le bateau et je tombe à l’eau à ce moment. » C’était une sensation affreuse qui m’avait envahie. Le sentiment d’être condamné.
« Je plonge dans une eau glacée et m’enfonce dans les eaux de cette mer, je vois la surface s’éloigner mais… Mais je ne peux me résoudre à abandonner avant d’avoir lutté. Avec peine je me mis à nager, ma respiration devient difficile. La surface n’est pas loin si bien que je peux entrevoir un espoir. » C’était mourir ou vivre.
« Je fais surface et reprend ma respiration maintenant ma tête hors de l’eau regardant autour de moi. A ma gauche le bateau retourné et à ma droite des personnes en train de lutter pour survivre. Dans la coque, des cris et des bruits s’en échappent, ce sont des naufragés coincés dans leur propre tombe. Les voix des condamnées résonnaient. » Que pouvais-je y faire ?
« Je regarde du côté des migrants qui essayent de lutter et vis a l’écart de la masse de naufragés, un enfant avec un des rares gilets de sauvetages. Un sentiment me gagne à ce moment qui me répugne » C’était comme devenir un animal, une bête sauvage sans raison et but que la survie.
« Je m’avance en nageant vers l’enfant gagné par un instinct de survie qui me prend et faire perdre toute raison, je redeviens un animal avec des yeux de bête prêt à tout pour survivre. L’enfant se trouve prêt de moi à présent, il me regarde avec un regard effrayé. » Encore aujourd’hui je me demande si c’était mon visage ou la colère de la mer qui l’avait effrayé.
« Je détache un a un ses sangles que quelqu’un à fixer pour lui, il ne cesse de me regarder et de me supplier. Je réussis à lui enlever avant de me mettre à sa place pour pouvoir mieux flotter. L’enfant se met à couler et disparaitre dans les eaux happées, englouties par l’eau. Soudain la nuit se met a ralentir tout comme la pluie et je me rends compte que je suis devenu un criminel…» C’était un chemin à sens unique, lui ou moi sans le savoir à cette époque j’avais choisi de vivre.
« Le temps reprend son cours, la mer se calme. Elle s’apaise, le temps s’éclaire et le jour se lève, plus personne autour de moi. » Le bateau avait coulé. Les autres avaient été emportés et sans le savoir j’étais seul dans une solitude pesante.
« L’attente est longue. Un bateau s’approche enfin après des heures de dérive » Il y avait à son bord d’autre réfugiés
« Les hommes d’équipages me font monter, une couverture me réchauffe et je me retrouve avec des passagers du bateau. Le capitaine nous fait savoir qu’ils nous amènent aux côtes vers les rivages que souhaitons atteindre mais même si je sais que le plus dur est passé, j’ai un goût amère dans la bouche. » C’était ainsi que la traversée avait été fait ainsi que mon calvaire avait eu lieu. Je revis depuis lors chaque fois que mes yeux se ferment, l’enfant et son regard. Les cries de désespoir des personnes enfermées et se sachant condamnées et depuis ce jour je me suis toujours interrogé vivant dans la peur. La peur de revoir ressurgir ma face cachée qui habite chaque hommes… Mais que pouvais-je faire ? Je voulais vivre ! Survivre, j’ai vécu alors que les autres, la plupart sont morts mais que pouvais-je faire, mise a part survivre…

 

Pseudo-auteur : Virshole

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