Pi Pa


Enfouie dans un lit un peu trop moelleux, Pipa dormait. Le sourire sur son visage malicieux annonçait l’aube du monde des rêves. Aussitôt, draps tièdes l’enveloppèrent avec délicatesse et la couchette l’engloutie goulument.
L’éveil fut doux, bercée par le chant de la Mer, Pipa ouvrit les paupières sur un monde inconnu.

Une nuit bleue submergeait l’étrange lieu aux murs et sol mous. Là bas, il y avait ni d’oisillons bavards, ni de brise sifflante… juste le bruissement de l’eau. Et un son lointain. Celui d’un tambour, niché en sureté, au creux d’un recoin bien caché.
L’enfant se leva et entama son voyage jusqu’à la source de la mélodie. Sous l’eau, le noir cobalt règne. Seuls les yeux luisants de la fillette, semblables à deux lucioles, éclairaient son chemin. Babillant les comptines de son enfance Pipa grimpa sur un rebord mou et sortit la tête de l’eau. Elle tourna plusieurs fois sur elle même, pour voir où son imagination l’avait cette fois conduite. La caverne qui l’abritait était comme un vase, rempli d’eau et accueillant une fleur en ses flots.
Elle se hissa à la surface et continua son périple. Une lumière chaude remplaçait peu à peu l’obscurité, doucement, comme par courtoisie. Soudain, Pipa buta sur une épaisse racine.
« Oh la ! fit t’elle L’arbre qui pousse ici doit être immense !
Elle toqua la racine, tendre aussi, et le tambour lui répondit.
« C’est par là ! S’excita la fillette
Elle remonta le long du sillon gorgé d’eau. Sur sa route elle en croisa un deuxième, puis un troisième, puis quatre autres, puis encore plus qu’elle ne savait compter. Arrivée dans un immense tunnel, elle leva les yeux et découvrit un plafond recouvert de ces sillons. Émerveillée, elle trotta la tête en l’air pour ne pas perdre de vue cette image.
Pipa se rapprochait du tambour, celui-ci semblait l’appeler désormais.
« Pi-pa … Pi-pa … Pi-pa … »
« J’arrive. » murmura t’elle avec héroïsme.
Après la traversée d’une centaine de boyaux recouverts de racines, Pipa trouva enfin le tambour. Emprisonné dans une cage faite de défenses d’éléphants, il battait lourdement. Pipa s’agrippa aux barreaux et escalada la prison d’ivoire. Son corps était faible mais pas son esprit. Ses bras frêles volèrent le fer de sa volonté.
Après de durs efforts elle arriva enfin à la hauteur de l’instrument, et se jeta dessus. Elle abandonna son corps au rythme de la percussion. Elle voulut s’endormir ainsi mais le tambour continuait de battre à pleine mesure. Comment ne pas rester éveillée en entendant son nom inlassablement répété ?
« Pi-pa … Pi-pa … Pi-pa … »
L’enfant se leva, et dégagea l’instrument des gros fils qui s’accrochaient à lui. Alors, le tintement se fit plus doux. Elle s’allongea, les sœurs lucioles glissèrent sous ses paupières. Pipa et le murmure sombrèrent dans un profond sommeil. Pipa dormait. Le sourire sur son visage heureux annonçait le petit jour du monde réel.

 

Pseudo-auteur : Grigri

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