Plume


Je marchais, seul, sur le rebord de mes pensées. Le chemin est escarpé, pas très bien formé, mais une balade y est agréable. Le vent brossait mes longs cheveux, une douce brise, qui avait le parfum des souvenirs oubliés. Je tapais dans un petit caillou, qui roulait sans fin sur son tapis de gravier, et se noyait dans une flaque, miroir du ciel. Le soleil inondait le sol de son voile de lumière et les fleurs regardaient, pétales grands ouverts, les nuages blancs se baladant sur le fil du temps. Quelques oiseaux dansaient autour d’un vieux chêne, qui susurrait une chanson douce. Et je marchais sans fin, sur cette route, résumant le simple cours de ma vie, suivant le temps d’un pas mal assuré.

J’arrivais ainsi à la fin du chemin, et me vit obliger de continuer sur une moquette d’herbe et de mousse. Chaque pas frissonnait sous le bruit de l’eau qui courait sous mes chaussures. Le ciel peu à peu s’assombrissait, les nuages se gonflaient de goutte de mes pleurs passés. L’horizon ne traçait plus son sourire monotone et se réfugiait sous sa couette de brume. Le soleil avait caché sa lumière et les fleurs ne montraient plus le bout de leurs pistils. Perdu, j’ai posé mes affaires et m’installa sous un vieil arbre rabougris et chauve de ses feuilles. Le vent picorait mon visage de son froid. La fatigue posa son ombre sur mes yeux, et je m’endormi, ainsi, sur le matelas de mes pensées.
J’ouvris alors les yeux, et vit le ciel noir et triste pleurer ses larmes de souffrance. J’ai passé plus de 2 ans à écouter la pluie tombée sur le tronc de mon hôte. Je sortais, de temps à autre, pour voir si par hasard, un oiseau ou une fleur c’était perdu. Mais je ne vis qu’une plume, tentant de s’agripper, coûte que coûte dans les airs. Elle s’en alla vers les cieux et je l’ai perdu dans la brume matinale. Je ne mangeais rien et ne buvait que l’eau qui tombait des cieux. Un soir, la pluie s’arrêta et je vis, au loin, un rayon de lumière. J’ai couru pour pouvoir voir cette aurore, venu de je n’sais où. Et je te vis, avec ton auréole. Les nuages s’ouvraient sous tes pas, et le soleil dessinait sur le sol un chemin de lumière. J’ai même pu voir, dans cette fêlure, le ciel bleuté rempli de joie. Et alors j’ai crié, de toutes mes forces, pour que tu m’entendes. Tu t’es retourné, et m’a regardé avec des yeux qui transpercèrent mon coeur et tu t’envolas, ailes déployées, au-delà des nuages. Ils se refermèrent, sous mes mains fatigués, et les griffes de lumière peu à peu se retiraient de ce mur noir. Plus de lumière. Et la pluie. Et je revis, encore, cette petite plume lutter, et tentant de s’envoler vers les cieux, vers la joie ! Plume, c’était un joli nom. Et c’est comme ça que je l’ai appelée, Plume. Un brin de lumière dans un ciel trop noir, un rêve que l’on voit de nos propres yeux, la seule flèche plantait dans mon coeur de pierre. Je me suis mis ainsi, couché sur le sol mouillé, à penser, à rêver, à aimer…
J’ai récupéré mes affaires et ai marché pendant plus de six mois, sous la pluie et sous le froid. La brume s’épaississait à chaque pas et le ciel devenait de plus en plus noir. Face à moi, une falaise. Peut-être qu’en haut, le soleil illumine une parcelle de fleurs, où les oiseaux chantent. Peut-être est-ce là que tu t’endors le soir …
Je commençai, dès lors, à gravir cette montagne. Impossible. Dès que je posais ma main, le mur se décomposait en poussière. Il était lisse, comme du verre. Au bout d’une heure, je n’avais toujours pas monté le moindre mètre. Je pris un morceau de mon coeur et le planta dans le mur, pour pouvoir avancer dans ses noirs nuages. Je suis tombé, plusieurs fois. Mon corps et mon âme, brisé, cassé. Mais je réussi à atteindre le sommet du rocher.
Pas un rayon. Pas un oiseau. Pas une fleur. Le rocher était recouvert de nuage noir épais. La pluie ne tombait plus, mais l’air était difficile à respirer. J’installai ainsi mon campement de peur de tomber de trop haut en redescendant. Je fis un feu et regardai ces phœnix de lumière danser parmi les braises. Quant une plume se posa sur ma main. Elle était cassée. Je levai alors les yeux au ciel et te vit tournoyer dans un lit de lumière, et tu es partie… Je restai alors là, ahuri, le regard vide.
Plume, que fais-tu dans ces nuages ?
Les nuages étaient toujours là, plus épais que jamais. Cela fait plus d’un mois que je te vis sur cette parcelle de terre abîmé. Je te vis, plusieurs fois, passer dans le ciel noir. Mais je n’ai jamais réussi à t’approcher. Je récupérais, avec soin, tes plumes qui tombaient. Et je restais planté dans mon esprit, à ne rien faire, et à attendre.
Dès lors, il me vient une idée. Tu ne te poses jamais au recoin de mon regard, au recoin de mes bras. Il faut donc que je m’envole et partir avec toi au dessus des nuages. J’ai fabriqué des ailes, avec le reste de mon cœur et j’y ai accroché tes plumes. Et je pris mon envole. Je ne voyais rien. J’ai nagé, ainsi, dans cet océan de nuage. J’y ai noyé ma vie, mon âme, mais je t’y ai retrouvé. Tu volais sans un bruit dans ton rayon. Je t’ai appelé. La pluie tombait, de nouveau, et le vent se leva. J’ai volé, volé sans cesse pour te rattraper.
Un coup de foudre… Et c’est fini… Mes ailes se sont déchirées… Le reste de mon cœur… Envolé…
Et je tombais ainsi sur le sol mouillé et boueux. Le regard vers le ciel. Ma respiration se coupait, peu à peu…
Plume, si tu m’entends, sache qu’à jamais tu resteras, la seule étoile de mes nuits.
Les nuages se dissipaient peu à peu. Le ciel était toujours couvert, mais il brillait d’un blanc sans fin. J’ai récupéré les morceaux de mes ailes et les ai brûlé. Le seul moyen de m’envoler dans ces nuages, était de retrouver cet ange qui traversé mon esprit. J’étais posé, au coin d’un feu, pour attendre le retour du soleil.
J’étais fébrile et mon esprit était morne, et triste. L’espoir me tuera-t-il ?
Mais au loin, que vis-je ?
Enfin un couché de soleil ! Sa couleur de bronze me brûla les yeux et je chialais comme un gosse en retrouvant l’horizon. A mes pieds, une plume blanche. Je levais alors les yeux et vis une pluie voluptueuse. Les nuages tombaient en copeau de plumage et le ciel bleuté apparaissait enfin… Deux ans, jour pour jour, ces nuages sont apparus et enfin, sous mes yeux, le ciel s’éclairait. Le dernier nuage disparaissait et je te vis… Tu tombais, évanoui, vers le sol mouillé. J’ai couru, à m’essouffler, mon cœur battait plus vite que mon âme et de mes bras fébriles, affaiblis, j’attrapais ton corps. Mes forces revenaient. La couleur des choses brillait de mille feus, les fleurs fleurissaient tout autour de nous. Les oiseaux chantaient leurs airs et le vent sifflotait dans les grands arbres verts.
Mes yeux se sont posés sur ton visage. Mes mains, lentement, caressèrent tes joues. Et tu as ouvert les yeux…
Plume, regarde moi… Laisse moi le temps de regarder ces soleils, et bronzer sous tes yeux de mon amour pour toi.

Pseudo-auteur : Blanc

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s