Errance


“A m’asseoir sur un banc 5 minutes avec toi, et regarder les gens tant qu’il y en a, te parler du bon temps qui est mort qui reviendra…” voici les paroles d’un classique de la variété française qui défilaient sur du gaz moutarde émanant de la gueule du brave ivrogne, elles réussirent à me faire ouvrir à moitié mes jolies petits yeux bridés -eh ouais-, ce qui semble impossible. Malgré ma vision qui se détériorait avec l’âge, j’aperçus un court instant cet ivrogne qui s’était soudainement arrêté de chanter, il était allongé près de moi, avec une noble bouteille de Bordeaux presque vide à la main. Je ressentis à ce moment là un choc, une petite douleur située à l’arrière crâne, comme si je m’étais cogné la tête après une chute.

Ou suis-je ? M’interrogeai je alors à haute voix. Je sentis que ma langue était granuleuse et que mon palais en souffrait le toucher. C’en était désagréable. Le bruit de pas ainsi qu’un terrible son de quelques secondes résonnaient dans ma tête c’est alors que je vis une sorte de porte où une lumière aveuglante qui brida mes pauvres petits yeux comme jamais c’était permis, pendant que du monde entrait et en sortait. Je crus à ce moment là que c’était mon heure que le paradis m’ouvrit ses portes malgré mon jeune âge et ma vie remplit de pêché lié au plaisir qu’on puisse s’auto-procurer… mais étant trop fatigué, je pensais donc que Dieu, de toute sa bonté m’aurait envoyé des troupes pour me venir en aide. Je n’étais pas croyant de base, mais je me surpris à croire à toutes ces hypothèses farfelues qui prouverait l’existence d’un être suprême, autant croire en Dende (référence pointue: dbz). Je suis allé jusqu’à croire que Judas de Lady Gaga était un vrai hit. Hilarant. Bref, pendant un instant j’ai faibli, j’y ai cru, je n’étais pas stupide mais désespérément sous l’emprise du sang de Jésus et pour seule accroche réaliste, la bouée de brioche que je m’étais appropriée autour du bassin. Attention je n’essaie absolument pas de remettre en cause les histoires du père Castor sur les religions, ou même me mettre les chrétiens à dos… je respecte bien évidemment le fait que vous vous dévouez à ce fantasme symbolique d’un tout-puissant car à vrai dire je ne suis qu’un déiste désabusé, je ne vous veux aucun mal, sur la tête de Voltaire, croyez le ou non.
J’attendais un signe du destin, hélas, la seule action qui se démarquait était la douce mélodie anale qu’avait lâché mon camarade de débauche avec tout le charme qu’on connaît des ivrognes parisiens. J’en ai déduis, oui, j’en ai déduis après avoir dépoussiérer ma capacité de raisonnement mis à de côté depuis le dernier numéro de “Des chiffres et des lettres”, que le pet était bel et bien un signe du destin, jusqu’à ce que le gaz viole mes narines et que son rôt pénètre mes oreilles non consentantes pour me dire le contraire. Mon peu de sérieux reprit le dessus, je décidais alors de changer de position avec mon camarade. Attention, n’y voyez aucune ambiguïté à cela, nous étions juste allongés au sol, et nous, enfin plus particulièrement moi, voulais changer de position, autrement dit passer d’allongé à assis. C’est alors que, je demandai poliment à mes articulations de faire en sorte d’actionner mes deux jambes pour pouvoir poser mon imposant postérieur sur ces beaux sièges rembourrés décorés de petites tâches colorées déposées par un décorateur, encore stagiaire à ce jour, n’est-ce pas, des transports parisiens.
Une fois assis, je fixai mon camarade en face de moi et un élan de réflexion surgit soudain dans mes pensées les plus profondes, que fais je, ou suis-je et pourquoi ne manifestais je aucune envie de me sortir de là? Mon esprit compta 14 alarmes, autrement dit 7 stations depuis se sont défilés devant mes yeux. Des milliers de remords vinrent à moi, autant qu’une post masturbation. Or là, je ne regrettais pas le plaisir émis, puisque tout d’abord il n’y en avait pas, et ensuite les remords venaient d’une perte de temps provenant d’une vie exhibitionniste auquel je m’étais adonné. Je connus là une traversée spirituelle comme Sherlock dans son palais mentale. Une traversée toute aussi étonnante qui
m’obligeait à la réflexion que je pouvais porter sur moi même. Lorsqu’un doux petit air “pétroléen” typiquement parisien frappa mon visage, heureusement que la brise de la Seine issu des caniveaux du 16ème me caressa ensuite délicatement le visage afin d’adoucir la claque antérieur. Mon esprit errait dans mon labyrinthe mémoriel. Je m’étais représenté sur un pont, celui des arts, les loquets représentaient alors tous les moments de ma vie qu’il soit bon, ou mauvais, ils étaient tous présents. Plus j’avançai, plus les cadenas s’évaporèrent au fil de ma marche qui s’accélérait au vu des loquets disparaître. Le pont semblait infini, mais une fois arrivé de l’autre côté, je compris le message. Il s’agissait d’un nouveau départ, “a fresh start” en mongolien. A vos marques, prêt, faut partir, enfin vous voyez le topo. Je commençai alors à ouvrir réellement les yeux, je découvris tout d’abord que je n’étais pas autant bridé qu’un asiatique puisque j’étais mexicain… du Mexique, évidemment.
A partir de là, je commençai à fixer mon camarade qui était assis en face de moi, même posture, même regard et même penchant pour la variété française. Je n’étais finalement que le reflet à travers les vitres inconsciemment conscient d’un prétendu camarade éthylique que j’avais monté de toute pièce. Pour finir, dans l’Evangile de Jean est écrit “Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle”, en tant que bienheureux refoulé derrière un masque de pessimiste et de cynique mondain, je ne peux que conclure en disant que, tant que la vie m’habite, la mort j’évite.

Pseudo-auteur : Don Mouassa

Publicités

Une réflexion sur “Errance

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s