A la mort, à la vie


Cette nuit là, tout comme les précédentes, Oscar était étendu sur le pont d’un petit bateau perdu en plein océan. Le jeune homme avait les yeux fermés depuis un certain temps. Plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois? Il ne savait plus. Il se fichait de savoir comment il s’était retrouvé sur ce vieux navire que la mer avait tant maltraité. Il se fichait de savoir où la mer le menait. Il se fichait d’être seul. En sommes, il se fichait de tout, puisqu’il n’était plus rien. Il se laissait, stoïque, les yeux fermés, dériver vers qui sait où, depuis qui sait quand…
Le vieux navire dont le bois pourri hurlait sa douleur dans les remous des vagues, ressemblait, à une tombe qui, déjà avant Oscar, avait servi à offrir le repos à de nombreux cadavres.

Pourtant, la vie et ses splendeurs ne lui étaient jamais apparues aussi belles. Le monde dans lequel il se laissait porter était d’une étrange beauté, d’une beauté sournoise et sous-jacente. Les parfums étaient ennivrants, le silence était charmant. La magnificence du lieu supposait qu’elle cachait dans ses abysses une force surnaturelle et imprévisible.
« Oh! Ici, tout n’est que beauté, ivresse, harmonie, parfum délicieux, douceur et pureté. Je ne sais qui remercier, si ce n’est toi, La Vie, véritable déesse du monde qui m’offrit, un soir, cette solitude mille et une fois révée. » murmura Oscar.
Le regard noyé dans l’immensité de l’azur, l’heureux naufragé jouissait d’un abandon total aux secondes et aux minutes, d’une soumission quasi-orgasmique au Moment Présent.
« Aussi brève et éphémère que sera ma vie, puisse t-elle être une traversée extraordinaire… » proféra Oscar tandis que les roulis imperceptibles de l’eau bercaient sa modeste embarcation. Le hasard est le plus grand des romanciers, affirmait Balzac. Ainsi, en lui confiant sa vie et sa mort, il laissait à la mer le soin d’écrire son histoire.
Etendu sur le dos, le jeune homme dévisagait le ciel. Il n’avait pour bougies que la lune et son armée d’étoiles qui se tordaient au dessus de lui. Les nuages blancs, qui s’étaient épaissis ce soir là, ressemblaient à l’écume qui roulait à la surface de la mer. Avec le petit ruban que sa mère lui avait offert étant enfant, il essuya les embruns que le vent portait à ses yeux. La fine pluie de
goutellettes léchait son visage et formait autour de lui un voile de cristal. Quand soudain, il
distingua ,entre le bruit sourd et grave des vagues, sa symphonie préférée. Il avait écouté cet air
de nombreuses fois lorsqu’il était enfant. Pourtant, il ne prenait tout son sens qu’aujourd’hui…
Sous l’emprise de la beauté et de la surprise, Oscar laissa échapper le petit ruban de sa main. Il
s’envola poussé par le vent comme un oiseau reprenant sa liberté.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il s’aperçut très vite que tout avait changé. Il était couché sur un petit lit
au dessus duquel couraient de longs tuyaux. Des anges blancs s’agitaient autour de lui. Sur le petit
meuble qui bordait son lit, un transistor fredonnait maladroitement la symphonie n°9 Du
Nouveau Monde, de Antonin Dvorak. Sur ses joues creusées, les larmes avaient remplacé les
embruns. Son âme avait déserté sa carcasse grise qui ,bien que vivante, resterait désormais la
proie de ses souvenirs.

Pseudo-auteur : Duende

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4 réflexions sur “A la mort, à la vie

  1. Quelle profondeur dans les mots… Une maturité et une noirceur étonnante pour une jeune personne comme vous mais enfin un texte différent ! Le dénouement est d’une grande beauté !

    Félicitation « Duende » !

  2. Un texte sublime qui touche des personnes ayant vécu une certaine situation similaire et laisse entrevoir, à ceux qui la connaîtront.. Un auteur est capable de retranscrire une pensée, un sentiment, un imaginaire avec des mots, cela est fait, avec un certain génie.

    Enhorabuena.

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