Au-delà de soi…

Je m’enfonce dans la forêt bordant la petite route nationale, en courant à en perdre haleine, ne
sachant pas exactement quelle direction prendre. Je continue droit devant moi, les poumons en feu,
le coeur battant à tout rompre, la sueur perlant sur mon front. Il faut que je m’échappe à tout prix,
que je lui échappe, à cette silhouette noire indistincte qui se détache à l’entrée de la forêt.

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Alt.

Paul dit : « Tu ne viens pas avec moi. »
Ce n’était pas une question. Il ne voulait pas poser la question parce qu’il connaissait déjà la réponse
et qu’il ne voulait pas le reconnaître. Il ne voulait pas se dire que c’était fini et que Ian le renvoyait
comme ça, le visage inexpressif et les mots vide de sens.
« Dès que j’aurais réussi à ouvrir le portail, dès que j’aurais réparé la console, tu pourras partir. Tu
pourras rentrer chez toi, Paul, dit Ian, en évitant son regard.
— Sans toi.
— Sans moi. »

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Eclore

Il fait noir. J’ai les yeux fermés mais je le sens qui imprègne chaque parcelle de mon corps. Il glisse sur ma peau comme de l’eau, coule dans mes cheveux, mon dos, mon torse. Je plonge dedans avec délice et son silence m’enveloppe. Je savoure son goût piquant, voire âcre. Cette douce armure me protège du reste. De mes compagnons de route qui se reposent derrière et des autres qui me rejoignent. Nous sommes prêts à repartir. Mais pour le moment, l’espace d’un court instant, je profite d’un peu de répit avant de partir à l’assaut.
Je suis seul dans le manteau de mes paupières baissées.
Mes cils caressent mes pommettes, la chaleur mon visage et je deviens autre. Quand mon dernier compagnon passe la lourde barrière qui nous séparait jusqu’alors, c’est à mon tour de la franchir. Je bondis.
Je jaillis.
Le sol semble gémir sous mes jambes souples. L’air semble vibrer à mon entrée dans l’action. Mes compagnons m’encouragent de loin. Ils restent cachés … embusqués.
Le temps se suspend. L’étonnement. La surprise.
Une seconde.
Deux.

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Cap l’avenir

Ça y est. Tina s’élance. La traversée extraordinaire a commencé.
Elles sont des centaines à courir aussi vite qu’elles le peuvent vers l’horizon. Cap l’océan, qui
n’apparaît pas encore au loin mais qu’elles savent présent. Comme une promesse. De bonheur, de
découverte, d’aventure !
Elles forment une marée d’adolescentes qui descend à la mer. Que c’est beau ! De voir les
sourires qui fendent leur visage malgré l’effort, d’entendre le chant de leur course, la litanie de leur
pas qui martèlent le sol.

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Lettre à un traître

Je t’écris aujourd’hui comme j’écrirai à un ancien ami
Je me demande où tu peux te trouver aujourd’hui
C’est pour ça qu’ au dos de mon courrier j’ai inscrit plusieurs adresses
Peut-être même qu’en ce moment tu fais preuve de tendresse
Auprès de certains, je n’en doute pas
Pour mieux les meurtrir lorsqu’ils ne s’en doutent pas

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Le Falj

Quand Sam entra, un lourd silence frappa l’auberge des deux ponts. Il avança et s’assit
sur une table vide, observé par les habitués qui regardaient son drôle d’accoutrement du Nord.
Il examina la taverne: miteuse et pleine de crasse, un sol en planches craquantes dont une
odeur de putréfaction sortait des nombreux trous causés par la pourriture. Les murs et le
plafond pleins de suie de la grande cheminée qui ne réchauffait et n’éclairait même pas la
pièce entière. Sur sa droite, une table était occupée par un groupe de trois brigands tout en
noir, le foulard encore sur le nez.

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Le canoë

Prostrée, agenouillée devant la rivière, Lucie pleure les yeux fermés. Telles des fleurs qui
ferment leur cœur, les pleurs de Lucie se cachent derrière ses paupières closes. Lorsqu’elle rouvre
les yeux, le monde qui l’entoure est en noir et blanc. Les couleurs qui donne à la vie tout son
charme se sont enfuies. Les goutes de pluies lui martèlent le crâne.
!
Lucie avait une chevelure à faire rougir Aphrodite et faire pâlir le soleil.

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