J’accuse mon nombrilisme


Je faisais de la balançoire étant petite sous ce vieux chêne. Je venais souvent soulager mes pensées. Le va et vient et l’air sur mon visage séchaient parfois mes larmes. Ce vielle et robuste arbre retenait mes chimères et, sous mon poids grandissant chaque année aucune branche n’avait pliée. J’aimais contempler l’horizon en m’imaginant un au delà derrière ces montagnes. J’aimais croire que je pouvais modifier ce qui était inévitable.

J’aimais faire naître chez moi l’idée que moi aussi je pourrai avoir des projets. Je serais en mesure de grandir, d’évoluer et trouver place dans ce cohue incessant. Mais, je savais que cela ne serait sûrement pas possible. Aucun être humain dans ce monde n’avait pu contrôler la nature. Tout le monde s’enfuyait trop vite, et tout le monde ressentait sa peau se plisser sous le fardeau du temps qui ne s’arrêtait jamais mais qui pour nous n’était qu’un compte à rebours enclenché depuis notre premier souffle. D’où je viens, la nature guide nos pas. On ne peut rien faire contre cela, les filles naissent dans les roses, et les garçons dans les choux. Notre huitième printemps fait éclore une nouvelle rose ou un nouveau chou. Une relève nécessaire pour notre espèce, une relève salutaire mais si douloureuse. A cet instant où ce nouvel être donne son premier souffle, je sais que je commencerais à perdre en agilité, perdre en mémoire et perdre en capacité. Cet être bougeant avec disgrâce arrache à chaque seconde un peu plus de nous, de moi. Je suis la pluie nourrissant cette fleure, mais je ne l’aime pas. J’aimerais tellement ne pas lui donner de force et continuer à vivre. Mais tout me lie à elle. J’aurais vécu sans connaître les plaisirs ardents, les projets arrogants et les déceptions méprisantes. J’accuse la nature, le soleil, le vent, l’eau. J’accuse notre illusion d’immortalité, j’accuse l’absence de combat à armes égales, j’accuse ma terre de tourner. J’accuse l’impossibilité de donner une lueur d’espoir, j’accuse la croyance, j’accuse la cupidité. J’accuse l’égoïsme qui fait croître en moi tant de désir de possession, j’accuse la vie de vouloir m’embraser ! J’accuse la vie de me prévenir de ma mort subite, alors j’accuse mes mains arrachant cette fleur, cette vie qui ne vaut pourtant pas moins que la mienne.

Pseudo-auteur : Varda

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