Maman


Je ne t’accuse pas. Au contraire, je te délivre.

Je te délivre du poids des mensonges qui s’accumulent sur tes épaules depuis ma naissance. Par la même occasion, je te délivre de la mauvaise conscience que seuls tes actes, phrases et pensées sincères t’ont apportée. Je te délivre de tes remords, de tes regrets. Je sais que tu en as par dizaine à mon égard. Peut-être même qu’avec le temps, cette lettre te délivrera de tes penchants pour l’alcool. Je te délivre finalement de notre lien de sang. Je sais que ma conception restera pour toi la pire erreur de ta vie.

A partir de maintenant, je ne suis plus rien pour toi. Essai de récupérer papa et Céline si tu penses qu’il est encore temps. Essai encore une fois de lui faire croire que tout ce j’ai entrepris était dans le seul but de te faire du mal, de te rendre folle. Il ne te croira pas plus que durant ces dix-huit dernières années.

Si tu avances le cœur léger, il sera temps pour toi de me retrouver et de m’avouer ne jamais m’avoir aimé, ne jamais avoir été une mère pour moi, seulement une nourricière habituée à mes pleurs incessant. Et si le contraire se produit, ne cherche pas après moi. Ta honte et ta souffrance ne seront que légitimes. Quelle mère, toi mise à part, peut se vanter d’un tel exploit ?

J’ai passé mes plus tendres années avec toi. Si ce n’est pas ton influence ou la conséquence de tes actes, comment serais-je devenu l’homme que je suis aujourd’hui ? A moins que tu ne penses que je suis né monstre, avec un seul désir, te briser.

La réponse est non. Il suffit de me voir avec papa, lui qui m’a toujours aimé. Ne regarde pas du côté de Céline. Mon comportement avec elle découle de celui que tu as eu avec nous. Comment voudrais-tu que je regarde cette enfant du haut de mes huit ans sans la haïr ? Quand chacun de tes regards sur moi est chargé de mépris et chacun de tes regards sur elle empeste l’amour.

Je pense que papa l’a compris et que c’est pour cette raison qu’il est partie avec elle, pour ne pas que je la rejette comme tu m’as rejeté. Pourquoi m’a-t-il laissé avec toi ? Parce qu’il te considère comme folle. Il ne veut pas te voir détruire son deuxième enfant.

Quant à moi, je cherche encore un moyen de t’oublier. Partir ne suffira pas. Peut-être qu’avec le temps, la cicatrice sur mon bras s’effacera et que je pourrais enfin te sortir de ma vie. En attendant, je prends le large. Loin de toi et de tes mensonges. Loin de toi et de la haine que tu me portes.

Est-ce que tu te souviens ? Tu te souviens de cette marque ? Je devais avoir six ans, j’étais partit faire du vélo dans la cours. Je suis tombé dans le jardin et mon bras saignait à cause des graviers. Tu te souviens de ce que tu as fait quand tu m’as vu pleurer ? Tu as regardé si j’avais l’air d’avoir une fracture. Tu m’as dit de me taire et de remonter sur mon tricycle. Mais je ne t’ai pas écouté. Je t’ai suivi jusqu’à l’intérieur. Lorsque tu t’es réinstallé derrière ton ordinateur, j’ai pleuré de plus en plus fort jusqu’à ce que tu te lèves et que tu viennes vers moi. Tu m’as pris par le col et tu m’as ordonné de fermer ma gueule mais j’ai continué de crier. Tu m’as secoué puis tu m’as poussé de toutes tes forces à travers la baie vitrée. A l’hôpital, tu as dit que je m’étais fait ça tout seul. Tu as fait semblant d’être inquiète, voir même désolée. Mais tu ne l’as jamais été. Si le plus gros éclat avait pu entailler mon cou et non mon bras tu aurais été heureuse. Moi aussi.

Je ne sais pas comment tu te sens, après lecture de cette lettre. J’aimerais te voir la relire encore et encore pour t’imprégner de chacun de mes mots. J’aimerais te voir pleurer, repliée sur toi-même. J’aimerais qu’elle te plonge dans la même léthargie que sur les photos de mes premiers mois. Je sais qu’une fois ta lecture achevée, tu vas la jeter et retourner à ton monde en ruine. Je sais qu’aucun de mes mots ne t’aura atteint. Mais j’espère. Tu ne m’as pas permis d’apprendre ce que sont l’amour et la sécurité, laisses-moi imaginer que le monde peut-être meilleur ailleurs.

 

Patrick.

Pseudo-auteur : J. Foster

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3 réflexions sur “Maman

    • Certes il y a des fautes, mais c’est la beauté de la déclaration qu’il faut saisir, si c’est une nouvelle purement fictive alors bravo pour l’écriture et si elle est liée à la réalité alors bravo d’avoir sur retranscrire ces émotions, ça a du être dur!

    • Auteur de nouvelles ou pas, essaye d’écrire une aussi forte et touchante nouvelle avant de critiquer. Bravo J. Foster. J’espère pour toi que ce n’est pas autobiographique. Mais que ça soit le cas ou non, comme le dit Lally, bravo d’avoir su sortir ça de toi. C’est à ça qu’on reconnaît un écrivain, je crois.

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