Se retrouver


Lina regardait par la fenêtre, obnubilée par le ciel, elle se sentait emprisonnée dans

cette classe aux murs beiges. Ses camarades bien alignés en rangées très propres ne lui

prêtaient aucune attention. Même le professeur ne semblait pas voir à quel point elle était

distraite ce jour-là.

Elle pensait à lui. Elle pensait à ses cheveux bruns, décoiffés avec soin, à son sourire

charmeur qui faisait ressortir ses yeux pétillants de bonheur lorsqu’il la regardait. Lui qui lui

avait tout pris. De son innocence jusqu’à son cœur. Elle s’était entièrement donnée à lui, sans

aucun regret, sans aucune gêne. Elle l’aimait tellement. Dans ses bras elle se sentait chez elle,

comme si le monde pouvait s’effondrer et que du moment qu’il était là rien ne pourrait jamais

l’atteindre. Il lui offrait la protection et l’amour, la seule chose dont elle avait réellement

besoin depuis son enfance. Lui aussi semblait l’aimer comme si elle était la plus belle chose

de ce monde. Alors pourquoi ? Pourquoi était-il parti ?

C’était deux jours plus tôt, sous une fine pluie, suffisante pour cacher ses larmes, alors

qu’il la raccompagnait chez elle après les cours. Il lui avait annoncé sans aucun préambule,

qu’au bout de deux ans et demi, leur couple était devenu trop fade à ses yeux. Plus rien

ne faisait que leur couple était spécial, différent. Il trouvait qu’il manquait quelque chose,

quelque chose qu’ils avaient perdu. Puis il avait reculé pour la quitter définitivement. Il s’était

retourné une dernière fois pour lui dire :

– Je pense que c’est mieux si l’on arrête maintenant.

Après ces mots il était parti sans même un au revoir. De son côté Lina était allée dans

sa chambre, son refuge contre le monde pour pleurer son inconditionnel amour, cet amour

qu’elle semblait avoir perdu.

Lina ne comprenait toujours pas pourquoi. Eux qui vivaient un amour si passionnel, si

parfait. Devant cette fenêtre elle ne désirait qu’une seule chose, c’était s’enfermer dans sa

chambre pour y pleurer, encore une fois, toutes les larmes de son corps. Si seulement elle

pouvait trouver un moyen d’échapper au monde. Un moyen d’oublier toute cette réalité, de se

réveiller de cet horrible cauchemar. Si seulement le monde pouvait disparaitre. Elle y pensait

très fort lorsque son vœu se réalisa.

Irvin observait Sarah lui faire les yeux doux depuis une bonne demi-heure. Pourquoi

n’avait-il pas envie de réagir ? Pourtant Sarah était une fille belle et populaire. Ses yeux

étaient aussi bleus que l’océan et elle agitait ses longs cheveux blonds pour montrer à quel

point ils étaient beaux. Sarah lui avait pratiquement sauté dessus lorsque la nouvelle de sa

séparation avec sa copine s’était répandue. Tout le monde était étonné, ils faisaient un couple

parfai, leur disaient souvent leurs amis respectifs. Mais pas Sarah, elle était la seule qui avait

l’air de s’en réjouir. Irvin était celui qu’elle n’avait jamais pu avoir, et lorsqu’elle voulait

quelque chose, la plupart du temps, elle l’obtenait. Irvin se disait qu’il devrait céder aux

avances de Sarah, cela ne lui ferait pas de mal de découvrir autre chose. Mais alors qu’est-ce

qui l’en empêchait ? Au fond, il savait qu’il pensait à elle, il ne pouvait s’empêcher de se

demander ce qu’elle faisait. Non ! Il avait fait le bon choix, ils étaient entrés dans une trop

grande routine. Leur amour n’avait plus rien d’exceptionnel. Alors pourquoi lui manquait-elle

autant ? Sans doute la simple habitude de sa présence.

Sarah, en face de lui devenait de plus en plus entreprenante. Elle poussait la séduction

de plus en plus loin quand tout a disparu.

Le fracas des explosions retenti pendant un moment qui semblait être une éternité. En

quelques secondes, les avions étaient arrivés sans que personne ne s’en aperçoive. Ils avaient

livré leur colis et s’en était allé sans un regard en arrière, laissant un paysage dévasté derrière

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, Lina découvrit un vrai carnage. Les corps de ses

camarades étaient éparpillés sur le sol au milieu des débris de table. Tous morts et une seule

personne pour découvrir cette vision apocalyptique.

Irvin se relevait lentement, Sarah n’était nulle part en vue. Le souffle de l’explosion

l’avait envoyé promener à l’autre bout de la salle.

Après avoir vomit toutes ses tripes sur le sol, Lina n’avait plus qu’une seule idée en

tête. Le retrouver, même s’il ne voulait plus d’elle, le retrouver pour s’assurer qu’il n’était pas

mort lui aussi.

– Lina !

Le cri lui avait échappé. L’urgence retentait soudainement à ses oreilles. Il savait qu’il

avait fait une grosse erreur. Certes leur couple n’avait plus rien d’exceptionnel c’était leur

amour qui l’était. Il fallait qu’il la voie pour lui dire à quel point il était désolé, à quel point

elle lui manquait et à quel point il l’aimait.

Sortir, descendre. Enjambant les corps pour quitter la classe, elle ne pouvait

s’empêcher de pleurer, même si peu était ses amis, ils étaient tous mort et cela lui donnait de

la peine. L’espoir fait vivre, ravalant ses larmes, elle se força à ne penser qu’à lui. Le couloir,

d’habitude désert, était jonché de débris. C’est avec difficulté qu’elle atteignit les escaliers

principaux. La traversée était presque impossible, certains coins étaient en flamme, le toit

s’était presque effondré et toujours plus de corps inanimés, d’autres qui bougeaient sous les

décombres, voués à une mort certaine. Le peu de survivants se bousculaient déjà mais le

passage était résolument bouché.

Priant que les escaliers à la droite du bâtiment ne soient pas également condamnés.

Irvin traversa les décombres espérant la trouver au premier étage. Le plafond avait résisté

mais qu’en était-il des étages du dessus ? Ici les murs étaient presque pliés en deux.

De son côté, pour ne pas retourner sur ses pas, Lina optait pour les escaliers de

gauche.

Parvenu à l’étage tant désiré, il parcourait toutes les salles. Il désespérait de la

retrouver lorsqu’il discernait des empreintes dans les cendres, partant de la salle de cours où

elle se trouvait habituellement.

Pleine d’espoir, elle fit tout son possible pour le trouver dans l’une des permanences

du rez-de-chaussée. Mais elle dut s’y résigner, il n’était pas là. Quand les bombes se sont

écrasées il n’était pas dans le bâtiment. Encore une traversée d’un couloir l’attendait avant de

gagner l’air frais. Elle se sentait si faible, sa tête la faisait souffrir, sans parler des multiples

blessures qu’elle avait sur tout le corps. Elle avait eu de la chance, mais les autres ? Elle avait

vu des salles entièrement détruites. Comme dans un rêve, elle s’effondrait lentement.

-Lina !

C’était lui, au bout du couloir qui l’appelait. Soudain la faiblesse n’eut plus

d’importance. Elle courait. Il courait. Au-dessus des corps, au-dessus des débris, tout ce qui

comptait c’était de se retrouver.

Et ici, au milieu des décombres de leur lycée dévasté, ils se sont enlacés, embrassés.

Pour ne plus jamais se quitter, après cette traversée extraordinaire.

Pseudo-auteur: IG-Hell

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