Conversation


– J’ai rencontré Dieu, hier. Je rentrais de soirée. J’avais certes bu plus que de raison, mais je
n’étais pas celui écroulé dans une ruelle crado. A la base, je l’ai pris pour un clodo et je
pensais qu’il était mort. L’alcool aidant, je suis allé le voir, histoire d’être sûr qu’il était
encore en vie.

– John, je pense que tu as réellement croisé un clodo …

– Nan, je te dis ! C’était réellement Dieu !
– Il te l’a dit ?
– Oui.
– T’as combien de grammes dans le sang, là ?
– Tais-toi et écoutes moi.
– Allez, vas-y. Je me tais, ça peut être marrant.
– Je suis allé le voir et lui ai demandé comment il allait. Il m’a regardé droit dans les yeux
avant de se mettre à rire comme s’il était le Joker. Il m’a demandé si je branchais ma télé
de temps en temps, si j’écoutais la radio ou si ça m’arrivait de me balader sobre dans les
rues. Je lui ai répondu par l’affirmative, même si tu sais que ces derniers temps, avec le
départ de Marc
– Tu as plutôt tendance à te prostré dans le noir et à picoler dès que possible ?
– Ouais. Donc il m’a demandé ce que je pensais de la tournure des choses, de la planète et
de ces neuf milliards d’habitants. Je lui ai dit qu’avec les guerres qui ont toujours lieu, les
femmes battues, le SIDA, Ebola, le chômage, tout ça, tout le monde était plus ou moins
dans la merde.
Il a rigolé un peu, encore, et il a avalé une gorgée de vodka. Il s’est éclaircit la gorge et il
m’a avoué être le responsable de ce bordel. – Et tu t’es tout de suite mit dans la tête que c’était Dieu ?
– Mais laisses-moi raconter mon histoire ! Il a ajouté qu’il y a quelques années, il avait eu
des problèmes avec quelqu’un de «bas placé», qu’il s’était laissé entraîner par lui et qu’il
était sorti boire un verre ce soir-là. Il a ajouté qu’il ne l’aurait jamais fait si quelqu’un sur
Terre avait souffert mais qu’au moment où S. lui a proposé, tout le monde était heureux.
Tu y crois, ça ? Tout le monde heureux au même instant ?
– Ouais, le shit et tout.
– Ben …
– Bah quoi ? Tu crois que les hippy fumaient du tabac ?
– Un peu d’utopie, mon gars.
– Continue ton histoire plutôt. Tout le monde fumait des bons gros bédos donc il est partit
écumer les bars.
– Heureux, pas défoncés. Passons. Là-bas, S. a abusé du fait qu’il ne supportait pas l’alcool
– Normal, c’était sa première cuite. Quoiqu’il a inventé les femmes avant, donc peut-être la
deuxième.
– Abrutit. Pendant la soirée, S. lui a fait signé un contrat. Il lui échangeait la quasi-totalité
de ses pouvoirs contre la solution pour sauver l’humanité. Dieu s’est retrouvé le
lendemain matin le contrat dans les mains, et ses pouvoirs disparu. Mais S. avait tenu
parole, à sa façon, je sous-entends. Il lui avait fait découvrir l’alcool.
– Du coup, Dieu se bourre l’alcool pour sauver l’humanité ?
– Il se bourre la gueule parce qu’il ne peut plus rien faire pour sauver l’humanité. Il s’est
passé quelques années avant qu’il ne sombre dans l’alcoolisme. Il croyait que les Hommes
pourraient se sauver tout seul, entre la foi et la technologie, mais il s’est vite rendu compte
que ce n’était pas possible : la première guerre mondiale. – Il t’a raconté quelque chose d’autre aussi ? Du style, Saint Pierre se promène nu sur un
nuage ?
– Non. Il ne m’a pas parlé de lui. Je lui ai demandé ce qui lui restait, comme pouvoir. Si
avec ça, il ne pouvait pas nous aider.
Il m’a regardé droit dans les yeux. «Qu’est-ce que tu crois que je fous ici, mon petit ? Que
je picole tranquille dans le coin le plus naze de cette ville ?» qu’il m’a lancé. J’ai fait non
de la tête.
– Et donc, il fabrique quoi ? A part se moquer des pauvres bourrés.
– Il attend qu’on vienne à lui, qu’on lui pose toutes les questions dont on ne trouve pas la
réponse.
– Et pourquoi il n’est pas allé voir Obama, plutôt ?
– Tu crois qu’Obama l’aurait cru ?
– Au moins on est d’accord sur ce point. Et tu lui as demandé quoi ?
– Pourquoi Marc était réellement partis, si on allait se remettre ensemble, s’il serait heureux,
s’il épouserait quelqu’un d’autre que moi
– Sérieusement ? Tu croises un clochard, il te baratine et te fait croire être Dieu, t’explique
qu’il est sur Terre pour répondre à toutes tes demandes et il n’y a que ça qui te passe par la
tête ?
– Selon lui, Marc ne reviendra pas et finira dans un fossé.
– C’est gai tout ça. Et après ?
– Il a réagi comme toi. Il m’a répété pouvoir répondre à toutes mes interrogations, qu’il
savait comment sauver la planète et que je n’avais qu’à formuler mes phrases
correctement pour devenir un héros.
– Un bon point pour lui. Comment tu dois faire alors ?
– Je lui ai dit que ça ne m’intéressais pas. – Whaat ?
– De un, je suis athée, je ne crois donc pas en lui
– Mais tu lui causes dans une ruelle déserte.
– J’étais bourré.
– Sacrément même.
– De deux, les humains se sont mis seuls dans cette situation, ils n’ont donc qu’à se
débrouiller par eux-mêmes et de trois, je ne veux pas d’un monde où Marc meurt d’un
accident de voiture.
– Egoïste.
– Et quatre, même si j’exécute à la lettre ses plans, on mettrait de nouveau la pagaille.
– Donc tu laisses tout le monde crever pour un mec qui t’a lâché ?
– Dieu a ramené sa bouteille à ses lèvres et en a vidé la moitié. «Je vais te dire un secret,
mon petit. Mais tu dois me demander lequel. –Quel secret ? –Tu as tout compris. Quels
que soient mes plans, tu ne pourras jamais me remplacer, et personne de ton espèce non
plus. Personne d’autre que moi ne pourra jamais faire régner la paix éternelle. Vous êtes la
seule de mes créations à être, disons, défectueuse.»
– Attends, le plan de Dieu, c’était de nous laisser mourir ?
– Non. Il voulait vous sauver, mais tes petits enfants auraient eux aussi atteint ce point de
non-retour.
– Il est où, Dieu ? Dans quelle rue, tu as dit ?
– Il est mort.
– Pardon ?
– Je lui ai emprunté sa bouteille, l’est brisée sur le sol et l’ai tué avec. Il a avoué nous avoir
créés et avoir signé notre perte contre de l’éthanol liquide. Il est aussi fautif que nous.
– Wha. Et pour Marc, tu vas faire quoi ? – Je lui ai demandé comment actionner les bombes nucléaires à distance. Je vais prévenir les
populations, quelles retournent auprès des personnes qu’elles aiment. J’irais chez Marc et
lancerais les bombes. Il mourra dans mes bras.
– Tu es complètement frappé, John. Et ne bois plus une seule goutte d’alcool, capito ? Sinon
je t’emmène voir un spécialiste.
– Si tu ne me crois pas, il n’y a pas de soucis. Mais au cas où, va voir Manon et dit lui
combien tu l’aimes et combien tu es désolé.
– Tu sais ce qu’on va faire ? Je vais rentrer chez moi et on se rappelle d’ici une douzaine
d’heure pour voir si tu es sobre, et là seulement, on reparlera de tout ça …
– Tu ne me crois pas ?
– Tu as vu et tué Dieu dans une ruelle déserte. Non, je ne vois pas comment je pourrais te
croire une seule seconde. Puis, il n’y a que toi pour accuser le monde à tort et à travers, à
rejeter la faute sur le monde entier et a décidé de déclencher une guerre nucléaire pour
retrouver ton ex. Et au pire, si c’est vrai, je suis sûr que tu as oublié comment activer les
bombes à distance.
– Il me l’a noté sur un papier.
– Mais oui, fais voir ça. Bla blablabla signé Dieu. Original. Je vais garder ton papier, rentre
chez toi et dors.
– Ben !
– J’ai une copine à retrouver moi ! Salut !

 

Pseudo-auteur: Pikapika

 

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2 réflexions sur “Conversation

  1. C’est absolument superbe, bravo ! L’idée est très originale, et le fait que ce soit entièrement dialogué ne gêne pas plus de quelques lignes.
    Encore bravo !

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