Gaby


Les mains enfoncées au fond de ses poches, Alan suivait les courbes de la route principale. Malgré l’heure tardive et la neige qui continuait de tomber, les voitures se succédaient inlassablement. Dans quelques kilomètres, il s’arrêterait dans un motel pour dormir un peu, reprendre des forces avant de recommencer à marcher, espérant qu’un automobiliste le prenne en stop avant d’arriver sur Lyon à moitié mort. Mais même à moitié mort, il parviendrait à atteindre cette foutue ville et à la retrouver. Même si lui fallait marcher pendant des jours et des nuits, il la retrouverait. Il retrouverait ses beaux yeux, son nez si joliment dessiné et son sourire magique. Certes il manquerait ses cheveux mais sa coupe à la garçonne finirait par lui plaire. Il le savait, il le sentait, il réussirait. Dans le cas contraire, il n’aurait qu’à passer sous une voiture sur le chemin du retour … Il balaya de la main la possibilité d’un échec, avant de se rappeler qu’elle avait fait la même chose quelque temps plus tôt. Elle avait balayé de ses jolies mains tous ses rêves de futur heureux, tous ses espoirs et ses buts. Annihilés au même instant, il avait pensé ne jamais pouvoir se relever, ne jamais pouvoir vivre sans elle à ses côtés. N’abandonnes pas, cramponnes toi, oublies la, lui avaient conseillé ses amis. Mais sans elle… L’idée même lui montait les larmes aux yeux, lui déchirait un peu plus le coeur. Il fallait à tout prix qu’il la ramène, qu’il la fasse revenir. Il savait qu’à l’instant où elle le verrait sur son campus, elle redeviendrait sienne.

Il avait longuement étudié son chemin, relevé les différents lieux où s’arrêter. Sa feuille de route faisait quinze pages et internet lui indiquait une trentaine jours de voyage. Et il ne pouvait pas faire marche arrière. Il avait déjà quitté la région parisienne. Il ne pouvait plus faire demi-tour sans s’écrouler et il était hors de question de payer une chambre pour abandonner. Il n’avait pas réussi grand-chose d’important dans sa vie, il avait eu son bac avec mention et son concours ; son parcours ne le présageait pas à mieux, mais il avait la foi, la volonté, de la retrouver. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir devenait chez lui tant qu’il y a Gaby, il y a de l’espoir.

Il finit par atteindre son premier arrêt, exténué. Allongé dans le lit aux draps trop durs, il se remémorait la nuit qu’ils avaient passés dans un F1 semblable à celui-là. Son corps chaud blottit contre le sien. Ses pieds gelés qu’elle adorait collés contre son dos pour les réchauffer et le faire râler. Du début à la fin, elle n’avait cessé de l’étonner, de le faire rire, d’attiser la flamme. Et maintenant, elle voudrait l’éteindre en claquant des doigts ? Cinq ans de souvenirs effacés en deux secondes ?

Alan reprit la route le lendemain matin, quelques pains volés dans son sac. A cette heure-ci, elle devait se réveiller doucement, dans son 17 m². Elle s’habillerait, descendrait prendre son petit dej avec ses copines et le mec qui l’attirait, puis elle irait en cours. Peut-être pensait-elle à lui, à l’époque si proche où ils s’envoyaient des textos dès le matin. Ou peut-être voulait-elle réellement tourner la page, s’affranchir d’un passé auquel il la liait à jamais. Ou simplement, et comme elle lui avait dit, elle ne pouvait pas se regarder dans une glace en ayant un amoureux en banlieue parisienne et un sur son campus …

Le plan d’Alan était simple mais le dénouement variait inlassablement d’une minute à l’autre. Il traverserait la moitié de la France pour la retrouver, ils iraient discuter dans un coin et soit elle l’embrasserait, folle de lui, soit elle lui dirait droit dans les yeux qu’elle ne voulait plus sortir avec lui. Mais comment prévoir à l’avance sa réaction ? Il aurait beau prier tous les dieux qu’il connaissait, c’était à elle de choisir.

Un coup de klaxon lui fit tourner la tête. Une voiture rouge ralentissait à sa hauteur, avant de s’arrêter quelques mètres plus loin. S’approchant de la vitre côté conducteur, il vit une jeune fille l’ouvrir. La vingtaine à peine passée, elle avait des cheveux noirs jais relevés dans un chignon lâche fait à la va-vite, la peau légèrement halée et un sourire jovial.

« Tu vas quelque part ?

-A Lyon.

-C’est sur ma route, grimpe ! »

La remerciant, il fit le tour de la voiture pour y monter. Elle s’appelait Hélène et descendait dans le sud rejoindre son chéri pour des vacances dans un gîte avec des amis. Un sarouel violet, un débardeur noir et plusieurs piercings aux oreilles, elle déposa Alan à quelques mètres de son aimée.

Il la vit marchant près de la ligne de tramway qui séparait le campus. Toujours aussi belle, toujours aussi parfaite. Il courut vers elle, l’attrapant dans ses bras.
« Alan, mais qu’est-ce que tu fais là ?
-Je suis venu te voir. Je t’aime Gaby.
-On n’est plus ensemble. Tu n’as rien à faire ici.
-Mais tu m’aimes encore ?
-Oui. Mais ce n’est pas la question.
-Alors pourquoi ? Expliques moi pourquoi tu me quittes.

-Déjà, il y a Fidel, ensuite la distance, on ne se voit pas
-C’est pas de ma faute, j’attendais que tu finisses de taffer pour que tu m’appelles, tu n’avais pas internet pour Skype … Et je m’en fous de sa gueule à Fidel.
-Ce n’est pas une question de faute, Alan. Ce n’est pas de ta faute, en rien. C’est les sentiments humains, ça n’a pas toujours de logique.
-Mais je t’aime ! Je t’aime je t’aime je t’aime !

-Maintenant laisses moi, je dois travailler.
-Gaby ! Je t’aime ! »

Alan la regarda s’en aller, sans faire demi-tour. Fini. Elle ne voulait plus de lui, pour des raisons qui continuaient de lui échapper. Sa voix était restée de marbre, comme si elle
s’adressait à un étranger dont elle n’avait rien à faire. Elle n’avait pas partagé son étreinte, ne l’avait pas embrassé, ne lui avait pas dit combien elle l’aimait.

Il la regarda rentré dans un bâtiment rectangulaire de plusieurs étages et resta figé plusieurs minutes devant, attendant qu’elle sorte pour lui dire combien elle l’aimait, à quel point elle voudrait qu’ils vivent ensemble et qu’elle lui dise qu’elle l’aimerait pour toujours, comme elle lui avait si souvent promis.

Il quitta le campus, se retournant maintes et maintes fois.

Il quitta Villeurbanne, quitta Lyon sans cessé de pleurer. Fini. C’était réellement fini. Il finit sa journée et trouva un hôtel pour passer la nuit. Il demanda une chambre au dernier étage et y posa son sac. Il sortit de sa veste une photo d’elle, photo qu’il avait prise dans une salle d’étude au lycée pendant qu’elle travaillait. Depuis leur rupture, c’était devenu sa photo préférée parce qu’il savait ce qu’il se passait ensuite. Elle levait la tête et lui souriait en découvrant qu’il la photographiait. Elle le traitait de bêta avant de l’embrasser et de se remettre au travail. A cette époque, il savait qu’elle l’aimait, qu’elle l’aimerait le lendemain et le jour d’après. Il caressa son visage du bout du doigt avant de retourner l’image et d’y inscrire « à toi pour toujours ».

En cinq ans, elle lui avait fait connaître les plus beaux instants comme les pires souffrances. Elle lui avait appris à devenir quelqu’un quand il n’était qu’une ombre, il lui avait appris à vivre quand elle essayait de mourir. Il lui avait appris l’amour quand elle ne croyait plus en rien, elle l’avait aimé quand il s’écroulait sous le poids d’une dépression non soignée. Il s’était réveillé à ses côtés tant de fois, émerveillé par son visage endormi. Elle lui avait tenu la main dans leur petite ville, à la plage, à la campagne, quand ils venaient de se disputer, quand ils rentraient du lycée. Il ne pouvait que la remercier d’avoir vécu ces quelques années en sa compagnie, mais ne pouvait que lui en vouloir de vouloir séparer leur chemin, de vouloir continuer leur voyage dans des existences différentes.

Une embrasure de fenêtre plus tard effaça la distance, effaça la souffrance. Elle avait volé auparavant, il la rejoignait à présent. Prêt à recommencer leur histoire dans un autre univers. Prêt à repartir à zéro pour, cette fois-ci, la garder près de lui plus longtemps.

Une traversée extraordinaire à travers un monde. Priant pour la revivre dans un autre.

Pseudo-auteur: Hk

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Une réflexion sur “Gaby

  1. Pas mal ! 😀 L’histoire est bien et l’écriture très agréable. 🙂
    Si je devais t’adresser une critique (car c’est ce qui nous permet de progresser, non ?), je te dirais de faire attention aux « répétitions ». Pendant ma lecture, j’ai remarqué, à deux reprises, que tu répétais des mots (+ une toute petite minuscule faute d’orthographe). 😉
    Bonne continuation.

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